C’est dans Zaïre, où une croix fait reconnaître à Lusignan sa fille, que nous voyons apparaître pour la première fois cet accessoire, «la croix de ma mère», dont le théâtre a tant abusé depuis. (Cf. Zaïre, II, 3; — et Émile Deschanel, ouvrage cité, Théâtre de Voltaire, p. 100.)
Pendant qu’on répétait Mérope, Voltaire accablait les acteurs de corrections, suivant son usage. Ayant passé la nuit à revoir sa pièce, il réveilla son laquais à trois heures du matin, et lui remit une correction à porter à l’acteur Paulin, chargé du rôle du tyran Polyphonte. «Mais, à cette heure, tout le monde dort, monsieur, objecte le domestique. Je ne pourrai pas pénétrer chez M. Paulin. — Va, cours! répond gravement Voltaire. Les tyrans ne dorment jamais.» (Cf. Émile Deschanel, ouvrage cité, p. 193, note 1.)
Voltaire fatiguait et ennuyait tellement ses interprètes avec ses incessantes corrections, qu’une actrice, Mlle Desmares, lui ferma un jour sa porte, et, comme il lui glissait encore des rectifications par le trou de la serrure, elle boucha ce trou. Alors Voltaire s’avisa de ce stratagème. Ayant appris que Mlle Desmares donnait un grand dîner, il fit faire, pour ce jour-là, un superbe pâté de perdrix qu’il lui envoya. En ouvrant ce pâté, on découvrit douze perdrix tenant dans leur bec plusieurs billets où étaient inscrits les vers qu’il fallait ajouter ou changer dans le rôle de Mlle Desmares. (Cf. Lucien Perey et Gaston Maugras, La Vie intime de Voltaire aux Délices et à Ferney, p. 252, note 2; — et Émile Deschanel, ibid., p. 235.)
Deux vers de la tragédie de Mahomet (II, 5) ont été employés, dans une plaisante circonstance, par l’acteur Lekain, d’autres disent Larive. Lekain ou Larive chassait un jour sur les terres du prince de Condé, lorsqu’un garde-chasse l’interpella et lui demanda de quel droit il chassait sur les propriétés de son maître; et l’autre de lui répondre aussitôt majestueusement et fièrement:
«Du droit qu’un esprit vaste et ferme en ses desseins
A sur l’esprit grossier des vulgaires humains.
— Ah! monsieur, c’est différent! Excusez-moi!» bégaya le garde-chasse tout interloqué et ahuri, et en s’inclinant jusqu’à terre. (Cf. La Semaine des familles, 22 septembre 1860, p. 820; — et Larousse, art. Droit, p. 1276, col. 4.)
A propos de ce vers de Corneille (Cinna, III, 4):
Je vous aime, Émilie, et le ciel me foudroie,
on trouve, dans une lettre de Voltaire à M. de Mairan, datée de Ferney, 16 auguste (août) 1761, une fort peu édifiante, mais très probablement peu véridique anecdote, relative à la petite-nièce de Corneille, que Voltaire avait recueillie chez lui. Je me borne à signaler cette plaisanterie, qui, comme il advient fréquemment avec le patriarche de Ferney, n’est pas du meilleur goût.