En Angleterre, un traité d'anatomie, que le docteur Antoine Askew, mort en 1773, fit revêtir de peau humaine, afin sans doute que l'extérieur de l'ouvrage fût en rapport avec l'intérieur[273]; et deux volumes dont les couvertures proviennent de la peau d'une sorcière du Yorkshire, Mary Ratman, exécutée pour assassinat dans les premières années du XIXe siècle[274].
Un des numéros du Catalogue de la bibliothèque de M. L. Veydt, ancien ministre des finances de Belgique (Bruxelles, Olivier, 1879, No 2414), est ainsi conçu: «Opuscules philosophiques et littéraires, par MM. Suard et Bourlet de Vauxcelles (Paris, Chevet, in-8). Exemplaire relié en peau humaine, comme l'affirme une note collée contre la garde de ce livre. Cette note porte les mentions de la provenance, du prix de la reliure et du nom du relieur.—Vingt francs, Deromme, 1796.—Provenant de la bibliothèque de M. de Musset. Acheté le 15 septembre 1832.» La Chronique médicale croit qu'il s'agit ici du père du poète Alfred de Musset[275].
La Bibliothèque royale de Dresde «conserverait» un calendrier mexicain écrit sur peau humaine[276].
En Amérique, un des plus riches négociants de Cincinnati, M. William G…, possède deux livres reliés en peau de femme: l'un est le Voyage sentimental de Sterne, habillé d'une peau de négresse; l'autre, de Sterne également, Tristram Shandy, est revêtu du derme d'une jeune Chinoise[277].
En France: «Il existait autrefois à la Bibliothèque impériale (fonds Sorbonne, no 1297) une Bible du XIIIe siècle, que l'abbé Rive affirmait être entièrement (reliée) en peau de femme.» Un ancien bibliothécaire de la Sorbonne, le digne Gayet de Sansale, «a contesté le fait, mais il l'admettait pour deux autres ouvrages: une Bible du XIIIe siècle également (fonds Sorbonne, 1357), et un texte des Décrétales (fonds Sorbonne, 1625)[278]».
L'éditeur Isidore Liseux disait avoir vu un exemplaire de Justine, du marquis de Sade, relié en peau de femme[279].
Un catalogue de livres d'occasion, distribué il y a quelques années, porte cette indication: «Reliure en peau humaine.—Sue (Eugène), les Mystères de Paris. Paris, 1854, 2 tomes rel. en 1 vol. pet. in-4, pleine peau humaine, larges dent. sur les plats, dent. intérieure: 200 francs. Fort belle reliure exécutée avec un morceau de peau humaine. Une plaque à l'intérieur, sur la garde de la reliure, ainsi conçue: «Cette reliure provient de la peau d'une femme et a été travaillée par M. Albéric Boutoille, 1874, qui atteste que cette reliure est bien en peau humaine[280].»
La Revue encyclopédique, à qui j'emprunte la plupart de ces détails, raconte encore le curieux fait suivant:
«M. Camille Flammarion ayant reçu d'une comtesse, dont, par un beau soir étoilé, il avait admiré les épaules, et qui mourut peu après, l'étrange présent de la peau de ces mêmes admirables épaules, chargea un tanneur de la travailler avec soin. Elle était «d'un grain superbe, inaltérable»: l'astronome en fit relier un exemplaire de Terre et Ciel. Les tranches du livre sont de couleur rouge, parsemées d'étoiles d'or, et sur les plats sont gravés en lettres d'or ces mots: Souvenir d'une morte[281].»
Mais la plus étrange reliure qui ait jamais été faite dans ce genre macabre, c'est sûrement celle qu'imagina en 1813 un avocat de Valenciennes: faire relier une œuvre d'un écrivain avec la propre peau de cet écrivain, certes, la chose n'est point banale, et c'est ce que ledit avocat, nommé Edmond Leroy, put réaliser. Ayant assisté à l'embaumement de Delille, le célèbre traducteur des Géorgiques, il obtint du praticien chargé de l'opération «deux fragments de l'épiderme» du poète, et ces deux fragments lui servirent à faire relier un exemplaire des Géorgiques, traduction de Delille, qui se trouve actuellement, paraît-il, à la bibliothèque municipale de Valenciennes[282].