Des fiches divisionnaires de couleur, un peu plus hautes que les fiches blanches, des vedettes, portant en tête les nombres de chaque classe ainsi que leur traduction en mots, séparent les fiches bibliographiques appartenant à des divisions différentes.

L'Office et l'Institut international de Bruxelles ont émis le vœu,—exprimé déjà en 1879 par le bibliographe allemand Burchard,—que les éditeurs voulussent bien joindre désormais à leurs livres nouveaux des fiches bibliographiques toutes préparées et rédigées selon le modèle adopté, les unes pour les répertoires d'auteurs (catalogues alphabétiques), les autres pour les répertoires de matières (catalogues méthodiques). Ces fiches pourraient être imprimées sur papier très fin, et les bibliothécaires et bibliophiles n'auraient qu'à les coller sur leurs fiches blanches ordinaires de carton mince. Par ce moyen, non seulement on simplifierait beaucoup, et autant dire sans aucuns frais, les opérations de catalogage, mais on aurait cet immense avantage d'avoir partout des fiches uniformément établies. Jusqu'ici, malheureusement, ce vœu n'est guère sorti du domaine théorique, et il n'est encore qu'un pur projet[550].

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Le système de classification décimale, qui paraît et qui est si séduisant, n'a cependant pas séduit tout le monde, tant s'en faut: nombre d'objections y ont été faites, et par des érudits et spécialistes des plus compétents et des plus autorisés, nommément par MM. Léopold Delisle[551], F. Funck-Brentano[552], Ch.-V. Langlois[553], Henri Stein[554], G. Fumagalli, l'éminent bibliographe italien[555], etc.

«Le plan général (de ce système) est des plus simples, écrit M. Léopold Delisle[556]; l'ensemble et les détails en ont été empruntés au système décimal, comme l'indique suffisamment le titre: Decimal Classification. C'est là ce qui fait la force apparente des théories de M. Dewey. Malheureusement, l'étude des phénomènes de la nature et des événements de l'histoire, les fruits de l'activité humaine, les travaux scientifiques, artistiques et littéraires, les produits de l'esprit ou de l'imagination, sont loin de toujours se prêter à la rigueur des divisions et subdivisions décimales.»

«Le grand défaut du système de Dewey, dit de son côté le docteur Graesel[557], c'est de donner à toutes les classes le même nombre de divisions et la même ampleur, alors que chacune des branches des connaissances humaines a son étendue particulière et demande, par conséquent, à être divisée d'une façon différente des autres.»

Il semble, en résumé, que ce système a été accueilli en Europe par les gens de lettres et les bibliographes de profession avec une méfiance plus ou moins caractérisée, tandis que les hommes de sciences, médecins, physiologistes, etc., n'y ont pas trouvé les mêmes imperfections et s'y sont volontiers ralliés[558]. Nombre d'entre eux, pour le catalogage de leurs livres et la rédaction et la mise en ordre de leurs fiches bibliographiques ou autres, ont adopté des méthodes où les combinaisons de chiffres remplacent toutes les mentions de classes et catégories, toutes les lettres indices de divisions et subdivisions des anciennes classifications.

Il est même à remarquer que, dès l'année 1879, c'est-à-dire bien avant l'introduction en Europe du système de M. Melvil Dewey[559], un médecin de Paris, très connu depuis par ses travaux de laryngologie, le docteur Baratoux, employait un procédé de notation chiffrée reposant sur le principe même de la classification décimale. Ce n'est qu'en 1897, alors que cette classification provoquait tant de controverses dans le monde bibliographique, que M. le docteur Baratoux, jusque-là étranger à ces questions et qui n'avait pas soupçonné l'importance de sa méthode de catalogage, en publia dans son journal, la Pratique médicale, le tableau détaillé explicatif[560].

Dans le monde de la science, ce système de notation chiffrée était comme pressenti, déjà réalisé, et il a continué à se garder et à conquérir de nombreux partisans. Il ne semble pas jusqu'ici devoir obtenir le même succès dans le monde des lettres, pour les grandes collections du moins et les anciennes et immenses bibliothèques publiques. Quant aux collections particulières, quant à notre bibliothèque, dont le total des richesses n'excède pas quinze ou vingt mille volumes, il n'y aurait aucun inconvénient, on ne trouverait même que commodité et profit, selon nous, à faire usage de la classification décimale.

CHAPITRE IX
DE L'USAGE ET DE L'ENTRETIEN DES LIVRES