On nous reprochera peut-être d'avoir, en cette étude, multiplié les documents; on nous reprochera surtout, peut-être, la longueur de ceux-ci. Disons, une fois pour toutes, que nous n'écrivons pas pour aligner des phrases: nous voulons, sinon prouver l'absolue réalité des faits dont nous parlons, du moins montrer qu'ils méritent une attention scientifique sérieuse, que des hommes éminents en ont jugé ainsi, et que la Psychologie occulte sort enfin de l'empirisme grossier où on l'avait reléguée jusqu'à présent. Or, pour cela, la seule méthode est de citer longuement les auteurs qui présentent des faits ou qui émettent des opinions, avec une autorité que nous ne saurions posséder nous-même. Pareil système peut paraître fastidieux; en des matières encore si discutées, il n'en est pas moins le seul valable.
Les premières expériences de M. Lombroso eurent lieu à Naples. Le savant italien était assisté de plusieurs de ses collègues et expérimentait avec le médium Eusapia Paladino. Nous donnons ici le second rapport que M. E. Ciolfi, le compagnon de Mme Eusapia, a écrit et présenté, après les expériences, à l'approbation de M. Lombroso. On trouvera à la suite de ce rapport la déclaration de ce dernier[115].
Deuxième séance
Naples, 15 juin 1891.
«Cher Ami,
»Ainsi que je vous l'avais écrit, le lundi 2 courant, à 8 heures du soir, j'arrivais à l'hôtel de Genève, accompagné du médium, Mme Eusapia Paladino. Nous avons été reçus sous le péristyle par MM. Lombroso, Tamburini, Ascensi et plusieurs personnes qu'ils avaient invitées, les professeurs Gigli, Limoncelli, Vizioli, Bianchi, directeur de l'hospice d'aliénés de Sales, le docteur Penta et un jeune neveu de M. Lombroso, qui habite Naples.
»Après les présentations d'usage, on nous a priés de monter à l'étage le plus élevé de l'hôtel, où l'on nous a fait entrer dans une grande pièce à alcôve.
»Déjà, dans la matinée, Mme Paladino avait été examinée par M. Lombroso, qui invita néanmoins ses collègues et amis à procéder avec lui à un nouvel examen psychiatrique du médium.
»L'examen terminé, et avant de prendre place autour d'une lourde table qui se trouvait là, on baissa les grands rideaux d'étoffe qui fermaient l'alcôve, puis, derrière ces rideaux, à une distance de plus d'un mètre, mesurée par MM. Lombroso et Tamburini, on plaça dans cette alcôve un guéridon avec une soucoupe de porcelaine remplie de farine, dans l'espoir d'y obtenir des empreintes, une trompette en fer-blanc, du papier, une enveloppe cachetée contenant une feuille de papier blanc, pour voir si l'on ne trouverait pas de l'écriture directe.
»Après quoi, tous les assistants, moi excepté, visitèrent soigneusement l'alcôve, afin de s'assurer qu'il ne s'y trouvait rien de préparé pour surprendre leur bonne foi.