Je supposai qu'elle rapportait à mon cabinet de travail des bruits provenant d'autre part, ou bien qu'elle était le jouet d'hallucinations, et encore, actuellement, je ne suis pas convaincu du contraire; mais, en présence de son insistance et de l'énergie de ses affirmations au sujet de ces bruits qui, en raison de leur répétition à cette heure insolite, n'avaient pas tardé à l'effrayer; eu égard, d'autre part, à ce que des phénomènes de cet ordre avaient été signalés, à plusieurs reprises, par différents observateurs, je me livrai à une enquête.
M. Dariex se rend compte, d'abord, que ces bruits ne pouvaient pas provenir d'appartements voisins du sien, soit à l'étage supérieur, soit à l'étage inférieur. En outre, les portes et les fenêtres étant soigneusement fermées chaque soir, et ne portant aucune trace d'effraction, il était impossible que quelqu'un eût pénétré dans l'appartement.
Ne pouvant rien observer moi-même, et ne pouvant pas accepter comme véridiques ces étranges bruits (dont parlait la bonne), j'eus le désir qu'il se produisit un phénomène plus tangible, un phénomène dont il resterait des traces, et qu'il me serait aisé de constater. Je désirai que des chaises fussent renversées, et, pour rendre la chose plus facile, j'en appuyai une contre le secrétaire, dans une position inclinée, de manière que le moindre effort pût la faire tomber sur le dossier. Malgré cette position instable et les trépidations parfois assez fortes occasionnées par le pont Saint-Louis, aucune chaise ne se renversa, pendant une dizaine de jours.
Rien ne se produisit pendant plusieurs jours, pas même le vendredi, «jour habituel des manifestations.» Mais le matin du 13 janvier 1889, M. Dariex trouvait «renversée sur le parquet, non la chaise au très faible équilibre», mais celle sur laquelle il était assis la veille au soir, alors qu'il dessinait à sa table. Et, dans la nuit, la bonne affirmait avoir entendu, dans le cabinet, un bruit violent, «comme la chute d'un corps pesant.»
Pourtant notre auteur ne fut pas convaincu, quoique assez surpris. A partir de ce moment-là, il ferma, pendant la nuit, son cabinet et garda les clefs sur lui.
Quatre jours plus tard, dans la nuit du mercredi 16 janvier, la chaise que j'avais continué à mettre en équilibre instable, se renversait à son tour, malgré que le cabinet fût fermé à clef et que les clefs ne m'eussent pas quitté; cette fois, la servante n'avait rien entendu.
Le lundi 21 janvier, en rentrant chez lui, un peu avant minuit, M. Dariex trouve encore une chaise renversée contre la porte, qu'elle empêche d'ouvrir.
Mais le sens critique de M. Dariex n'est pas encore satisfait, et avec raison, car, en un pareil sujet, on ne saurait être trop difficile en fait de témoignages et de preuves.
Il n'était pas matériellement impossible, dit-il, de se procurer une fausse clef, et, pensant que la bonne foi d'une personne, malgré que l'on n'ait aucune raison de la suspecter, ne constitue pas une preuve scientifique suffisante, je songeai à prendre des précautions plus rigoureuses. Le mercredi 23 janvier, à huit heures du soir, avant de sortir, non seulement je fermai le cabinet à clef, mais je mis toutes ses ouvertures, portes et fenêtres, sous scellés.... Ils étaient au nombre de huit ou neuf, rien que pour la porte donnant dans la salle à manger, dont le trou de la serrure était obstrué par une bande de papier; cette même bande était, en outre, scellée au mur et rendait impossibles l'ouverture de cette porte... et l'introduction dans la serrure d'un instrument quelconque, sans traces d'effraction.
Or, en rentrant à minuit dix minutes, M. Dariex trouve, après un examen minutieux, tous les scellés parfaitement intacts, aussi bien ceux des fenêtres que ceux de la porte... et dans le cabinet une chaise était tombée, renversée sur son dossier. La servante n'avait rien entendu; mais, plus tard, dans la même nuit, un peu après 3 heures du matin, elle entendit trois coups très secs, frappés avec une extrême violence dans le panneau de la porte donnant dans le salon.