On ne s'était occupé, douze mois durant, que du grand bal d'Alexandre Dumas; ensuite de la première représentation du Mari de la Veuve, d'Alexandre Dumas; troisièmement, de la Tour de Nesles, d'Alexandre Dumas; et, enfin, des discussions d'Alexandre Dumas avec M. Frédéric Gaillardet, toujours à propos de cette même Tour de Nesles, qui faisait florès.
La seule chose qui pût distraire un moment l'attention publique du plus grand de nos romanciers, fut le bal de l'Opéra, alors dans toute sa splendeur:
Quantum mutatus ab illo!
Il en résultait que, par suite de l'incroyable succès dont jouissait le drame en vogue, tous les costumes du bal de l'Opéra de l'année 1831 étaient des Buridan par centaines, des Marguerite de Bourgogne par trentaines et des Gaultier d'Aunay par vingtaines.
Car, à cette époque, les hommes du monde dédaignaient d'employer à leur usage le vulgaire habit noir, dont se servaient de nos jours les habitués de M. Strauss.
La plupart d'entre eux venaient costumés au bal de l'Opéra.
Or, le samedi 17 décembre, une foule nombreuse envahissait la rue Le Peletier, débordant presque sur le boulevard. C'étaient des huées, des cris, des applaudissements et des éclats de rire.
Un flot de voitures entrait dans la rue: et les élégants coupés, ou les voitures de place, les citadines, jetaient les arrivants sur le pavé de l'Opéra.
Une bouquetière se tenait à droite, portant son étalage suspendu à son cou.
Cet étalage se composait de roses rouges et de roses blanches, ces malheureuses fleurs pâles, écloses, à force d'art, dans une serre d'industriel: et les pauvrettes, se sentant sans parfum, regrettaient d'être nées.