Trente coups de fusil tirés par les révolutionnaires enveloppèrent les deux royalistes d'un épais nuage de poudre.

Sur l'ordre des officiers, les soldats du 17e cessèrent leur feu.

Quand cette fumée fut dissipée, les deux chevaux étaient tués, Aubin avait une balle dans le bras; mais le marquis demeurait intact.

Le gentilhomme et le paysan jetèrent le même cri:

—Un fusil!

Dès lors l'attaque de la barricade recommença. Rien n'était changé, sinon que le 17e comptait deux soldats de plus. Quand vint le soir, les ouvriers étaient repoussés: vainqueurs et vaincus soignaient indistinctement les blessés, chacun de leur côté, sans s'occuper de savoir s'ils portaient un pantalon rouge, une blouse ou un paletot.

Il sortait de la grande ville, accroupie dans le sang, ce grondement sourd, semblable aux rumeurs d'une colossale ruche d'abeilles; mais on sentait planer sur ces murailles silencieuses ce je ne sais quoi de lugubre que donnent les guerres civiles.

Aubin Ploguen avait enveloppé son bras, soigneusement pansé, dans un foulard attaché à son cou. Sa blessure l'inquiétait à peu près autant qu'une piqûre d'épingle.

Sombre, M. de Kardigân marchait dans la rue, les yeux sur le sol, où la lutte de la journée se lisait en lettres rouges. Il avait vu le 10 août auquel il avait échappé par miracle, et devinait que la royauté allait subir une rude secousse.

—Souffres-tu, mon gars, demanda-t-il à son serviteur.