—De quoi? monsieur le marquis.
—De ta blessure.
—Oh! non!
—Alors pressons le pas, je veux embrasser mes trois fils. Je suis sûr que chacun d'eux, aujourd'hui, aura fait son devoir.
Le lecteur a déjà compris que le vieux Breton était une de ces natures loyales, en qui la fidélité marche de pair avec la naissance. En 90, il était accouru à Paris se battre. Après l'assassinat de Louis XVI, il se refusa à émigrer, et gagna le Bocage, où il chouanna jusqu'au consulat. Pendant l'empire, il resta dans son château, élevant ses enfants jusqu'à l'âge de dix ans, et les envoyant ensuite à Paris, pour leur faire achever leur éducation.
Quand vint la première Restauration, il alla saluer le Roi et revint à
Kardigân, n'ayant rien demandé.
Après le retour de l'île d'Elbe, il partit pour Gand. En 1815, il reçut la croix de Saint-Louis, sans l'avoir sollicitée.
Puis, pendant les quinze années de la Restauration, il demeura enfermé dans ses terres, agrandissant toujours sa fortune par l'agriculture et le travail.
Intelligent, bon et doux, la devise de sa maison achevait de le peindre. Cette devise se composait d'un seul mot: Fidèle! il est vrai que ce mot-là en vaut bien d'autres! Aussi avait-il ressenti une amère souffrance en assistant, dès son arrivée à Paris, au prélude d'une révolution.
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