Le seul défaut, peut-être, de cette nature aristocratique, était la dureté du regard, et des lèvres, qui, comprimées au milieu, indiquent, suivant les lois de la phrénologie, une âpreté de pensée souvent méchante.

Henry de Puiseux s'inclina respectueusement devant madame de Sergaz, attendant que celle-ci lui fît signe de s'asseoir.

La baronne répondit au salut du jeune homme par une légère inclinaison de tête, et d'un geste loyal lui indiqua un siége.

—Veuillez m'excuser, monsieur, lui dit-elle d'une voix harmonieuse, si je prends la liberté de vous importuner, mais il n'a rien moins fallu qu'une circonstance grave pour me décider à cette démarche.

—Quelle qu'elle soit, madame, répondit le jeune homme, je me félicite d'une démarche qui m'a procuré l'honneur de vous voir chez moi.

—Voici ce qui m'amène auprès de vous, monsieur, reprit madame de Sergaz. Je suis veuve depuis un an. Mon mari est mort me laissant une fortune indépendante et la jouissance d'un château de la famille en Vendée. Je me trouvais bien seule. Heureusement, un ancien ami de mon père, M. le marquis de Rieux voulut bien être mon protecteur. Avant de mourir, il me donna plusieurs lettres d'introduction auprès de ses amis de Paris, M. Berryer, M. Hyde de Neuville et M. de Puiseux, votre père, dont il ignorait la fin.

Madame de Sergaz s'arrêta.

Henry de Puiseux avait fait un geste d'étonnement en entendant prononcer le nom de M. le marquis de Rieux, l'un de ces purs et loyaux royalistes dont l'amitié seule est un brevet d'honnêteté et de vertu.

Elle reprit:

—J'hésitai longuement avant de faire usage de ces lettres. Vous comprenez sans doute le sentiment qui me faisait agir. Je me plaisais dans ce vieux château de Sergaz. Pour que je me décidasse à le quitter, il a fallu que certains bruits fort graves vinssent jusqu'à moi.