Il y eut un court silence.

Elle baissait les yeux; lui la regardait de son regard doux et ferme.

Mais ce n'était pas une créature faible. Elle était ignorante des puérilités et des petitesses. Elle releva le front, non sans une certaine fierté:

—Monsieur le marquis, dit-elle, je ne sais pas mentir, je ne mentirai pas. Vous m'aimez… béni soit Dieu, c'était mon vœu le plus cher et ma plus chère espérance… Je vous aime aussi.

—Vous!…

Jean saisit la main effilée de Fernande, et la couvrit de baisers:

—Oh! que ne puis-je vous peindre ce que je ressens, balbutia-t-il, au milieu du trouble profond où le jetait la réponse de la jeune fille. Vous m'aimez! vous m'aimez, Fernande! Jamais je n'aurais osé espérer un pareil bonheur!

Et pourtant, il me semblait que le jour où nous nous étions vus pour la première fois, nous avions échangé nos âmes dans un regard! il me semblait que nous nous étions donnés l'un à l'autre pour toujours. J'avais emporté votre image dans mon cœur et, depuis, je l'y ai toujours gardée. Il n'y a pas une seule de mes pensées qui ne fût pour vous… O Fernande, je vous aime! je vous aime!

Cette douce et pure musique de l'amour impressionnait la jeune fille.

—Jean, dit-elle, depuis que vous êtes entré ici pour votre salut, j'ai deviné que je vous aimerais, et que mon cœur serait à jamais à vous! Je me suis reproché souvent de penser à un inconnu, mais Dieu n'a pas voulu que nous fussions maîtres de notre destinée. Tout à l'heure, quand on m'a annoncé votre présence, j'ai cru que j'allais défaillir: il y avait si longtemps que je vous espérais! Il y avait si longtemps que je vous attendais!