Certaines impressions ne peuvent pas se traduire avec des mots, il faut quelque chose de plus.

Un sentiment chaste et profond porte en lui une telle poésie, une telle grandeur, que c'est le rapetisser que de tenter même de l'exprimer.

Ils s'aimaient. Ils étaient nobles de cœur, jeunes d'années, beaux de visage…

Qu'y a-t-il au monde de plus charmant que ce radieux spectacle de deux êtres unis, sous le regard de Dieu, par l'échange d'un aveu?

—Ami, reprit-elle, ma mère était une sainte. Elle est morte, jeune, trop jeune! Comme elle vous eût chéri, comme elle eût été fière de vous appeler son fils! Mais ses enseignements sont restés en moi et jamais je ne les ai oubliés. Elle m'avait fait jurer de venir prier sur sa tombe et de lui raconter mes pensées à chaque circonstance grave de ma vie. Il lui semblait, à cette pauvre adorée mourante, que son âme reviendrait en ce monde, et que Dieu lui permettrait de répondre à mes confidences. Jamais je n'y ai manqué.

Vous dirai-je plus? Je suis sûre qu'elle m'entend, je suis sûre qu'elle me parle. Entre elle, morte, et moi, vivante, il y a de longues causeries, pendant lesquelles je lui raconte ce que j'espère ou ce que je souffre, et les résolutions que me dicte ma conscience sont pour moi comme des conseils que ma mère me donne…

Eh bien, le jour où j'ai senti que je vous aimais, je suis allée au cimetière.

J'apportais à la tombe chérie son habituelle moisson de fleurs.

C'était par une belle matinée d'automne. Les oiseaux chantaient dans les saules pleureurs et sur la cime verte des ifs réguliers, comme s'ils eussent voulu égayer de leur voix ceux qui dormaient là pour toujours.

Il régnait dans toute la nature une joie et une gaieté qui gagnaient mon être…