M. Grégoire, qui avait repris sa marche à grands pas à travers la pièce, s'arrêta court.

Quoi! sa fille osait lui résister!

—Vous ne l'épouserez pas?

—Non!

Fernande était très calme.

Son père l'avait toujours vue, jusqu'alors, craintive et timide devant lui. Il éprouva le même étonnement, la même colère qu'un homme accoutumé à voir tout lui céder et devant lequel se dresse soudain une volonté aussi forte que la sienne.

—Vous me manquez de respect, Fernande, dit-il avec hauteur.

—Vous vous trompez, mon père. Je vous respecte et je vous aime, mais je ne crois pas que l'obéissance que je vous dois me force à faire le malheur de toute ma vie.

—Des phrases que tout cela!

—Non, ce ne sont pas des phrases, mais des réalités bien vraies, je vous le jure! Vous avez donné votre parole. Moi, j'ai donné mon cœur, je ne suis pas libre et je suis fiancée à un honnête homme que j'aime et qui m'aime. Je serais lâche en vous obéissant… O mon père! écoutez-moi, comprenez-moi, je l'aime, je l'aime! Ne faites pas le désespoir de ma vie entière. Je suis votre unique enfant, ne la perdez pas, ne la chassez pas de votre tendresse, parce qu'elle ne veut point se résoudre à mourir!