«—J'ai bien dit! j'étais lâche! En l'épousant, je suis frappé de la malédiction de mon père: je deviens criminel. Notre famille a toujours porté le front haut. Et pour que ce nom n'eût aucune souillure, le jour où mon frère a déshonoré ce nom, on le lui a arraché comme à un indigne!

Mieux vaut les paroles franches!

Épouserai-je Fernande malgré mon serment, malgré mon père, malgré ma conscience? Faillirai-je à la tâche que je me suis imposée?

Ah! j'aurai beau plaider avec moi-même, ma cause est mauvaise, je ne la gagnerai pas!»

Les larmes le suffoquaient. Il éclata en sanglots. Sa douleur contenue éprouva ce soulagement qui commence le repos.

«—Non, je ne t'épouserai pas, Fernande! dit-il d'une voix sourde. Non, je ne te donnerai pas un époux déshonoré à ses propres yeux, ô ma douce fiancée!

Tu ne sauras jamais jusqu'à quel point je t'ai aimée! Tu ne sauras jamais de combien d'adoration et de respect était faite ma tendresse pour toi!

Et toi, mon père, sois content de ton fils. Tu lui appris, quand tu vivais, qu'un homme de ma maison doit sacrifier, non-seulement sa vie, mais encore son bonheur!

Je donnerai ce bonheur à la cause à laquelle tu m'as voué. De ce jour-là, je ne m'appartenais plus, et je n'avais pas le droit de m'arracher à la terrible logique des faits accomplis…»

Les larmes le reprirent.