«Je suis bien faible devant ma souffrance! murmura-t-il; je devrais plutôt penser à la sienne… penser au désespoir de cette pauvre enfant qui m'aime et qui avait reçu ma parole…
Haut le cœur, Kardigân! cela a trop duré. Il faut que demain tout soit rompu entre nous… demain, car le devoir l'emporte, cette nuit… et demain l'amour serait le plus fort peut-être!»
Il prit la plume et recopia entièrement le testament de son père.
Puis, il résolut de briser le dernier lien qui le tenait encore attaché à cette passion funeste.
Il regarda une feuille de papier blanc et se dit que quelques lignes de lui allaient creuser entre Fernande et son amour un fossé qui ne serait jamais comblé.
«—Fernande, je vous envoie les derniers renseignements que m'a laissés mon père mourant.
Lisez, mon amie. Quand vous aurez lu, vous comprendrez. Je n'ai pas le courage de vous raconter le malheur qui nous frappe… Je vous aime, Fernande. En cet instant où je vous écris, je suis bien désespéré, et j'ai des sanglots au cœur. Je n'ai jamais aimé, et je n'aimerai jamais que vous. Mais je suis de ceux qui tiennent leur serment, dussent-ils en mourir. J'en mourrais, Fernande, si mon devoir qui m'ordonne de tuer mon amour ne m'ordonnait aussi de vivre.
Je n'ai eu que votre image dans le cœur, que votre nom sur les lèvres depuis le premier jour où je vous ai vue…
Aujourd'hui tout est fini: l'espérance et le bonheur. Je dois plus que mon sang à ceux que je sers: je me dois tout entier. Mon père m'a donné, je n'ai pas le droit de me reprendre.
Adieu, Fernande… Le passé ne doit plus exister pour nous. Dieu ne le veut pas… Ah! tenez, je m'étais promis de rester froid en vous écrivant, je m'étais promis!… Non, je vous aime, Fernande, je vous aime, et je me meurs de ne pouvoir vous aimer! Que tout soit fini… Soit! mais sachez, ô ma fiancée, que je pleure en traçant ces lignes, où j'ai mis tout ce que j'ai en moi!