Aubin Ploguen et Jacquelin disparurent dans les rochers…
L'anse d'Erqui est une espèce d'entonnoir formé par les caprices de la nature, qui s'ouvre à cinq ou six cents mètres de la crique de Bel-Râch.
Imaginez-vous un demi-cercle, extrêmement effilé à l'une de ses parties, et présentant à la mer un étroit goulet par lequel un navire a juste assez de quoi passer.
L'anse est d'une grande profondeur. Des vaisseaux à trois ponts pourraient y mouiller. Mais on ne cite pas deux navires, en cinq ans, qui osent s'y aventurer.
La passe est étroite et de plus formée par des rochers à pic contre lesquels un trois-mâts même, malgré son exiguïté, courrait le risque de se briser impitoyablement.
Les bâtiments en détresse n'osent jamais se lancer dans cette passe: car un caprice de la lame peut les faire dévier à droite ou à gauche, et une déviation d'un mètre suffit à les faire sombrer.
Aubin Ploguen savait que jamais les rochers de l'anse d'Erqui ne sont garnis de douaniers, qui considèrent comme inutile de la surveiller.
Il voulait donc aborder le navire et le diriger vers ce goulet. Il connaissait la côte et avait chance d'atterrir.
Jean et Jacqueline suivaient l'homme et l'enfant des yeux.
Mais heureusement ils les perdirent bientôt de vue: heureusement, car la lune voilée n'éclairait plus la mer, et, par conséquent, cachait aussi les nageurs à la vue des douaniers.