—Holà, Aubin! écoute-moi cette musique-là, dit-il. Est-ce qu'on ne dirait pas d'une fusillade?
—C'est mon opinion, monsieur le marquis.
—Plus vite, alors, plus vite!
Les deux cavaliers se lancèrent à fond de train dans la direction de
Paris.
Bientôt, la route présenta un aspect lugubre et terrible: on voyait passer des blessés sur des civières, et le bruit des coups de fusil, auxquels se mêlait de temps à autre la puissante voix du canon, domina les vociférations et les cris de désespoir.
Ils entraient à ce moment dans Paris. En quelques minutes le faubourg fut traversé.
A l'entrée de la rue Saint-Antoine, le marquis et Aubin s'arrêtèrent court en face d'une barricade qui leur coupait le chemin.
Cette barricade était défendue par une trentaine d'ouvriers qui se battaient comme des lions, et attaquée avec non moins d'héroïsme, par le 17e de ligne. Les balles sifflaient autour du gentilhomme et du paysan.
Mais ni l'un ni l'autre ne savaient ce que c'était que la peur. Ignorants des nouvelles politiques, ils ne comprenaient rien à ce qui se passait.
Tout à coup, un groupe d'ouvriers aperçut les cavaliers.