Le valet jeta un coup d'œil sur le marquis. Jean avait, nous le savons, les cheveux ras; sans barbe ni moustaches, avec son costume de laine, il semblait un jeune fermier de la Beauce ou de la Brie. Mais le cachet de noblesse suprême empreint sur ses traits révélait au premier regard l'homme de race.

Le domestique pria Jean d'entrer et l'introduisit dans un long couloir, sur lequel donnait le salon du château.

M. de Kardigân envia ce calme et ce repos profond qui l'entouraient. Il se dit que vivre en un pareil lieu avec Fernande, loin des agitations fébriles, loin des douloureuses luttes du temps, ce serait le bonheur. M. Kersaudiou parut.

Il avait quatre-vingts ans, mais sa sève bretonne ne pouvait point se tarir avec les années. Il portait haute et fière sa tête blanche, sur laquelle le temps avait neigé.

—Vous avez désiré me parler, monsieur? dit-il à Jean.

—Excusez-moi, monsieur, répondit le jeune homme, si je me suis permis de vous importuner, sans avoir l'honneur d'être connu de vous. Je suis un proscrit. Mon nom seul suffirait à me perdre. Aussi, je vais me nommer aussitôt à vous: je suis le marquis de Kardigân.

Un rayon éclaira le visage du vieillard.

—Le fils?…

—Oui, monsieur; le fils de votre ancien compagnon d'armes.

M. de Kersaudiou serra les deux mains de Jean-Nu-Pieds dans les siennes.