Adieu, Fernande… Le passé ne doit plus exister pour nous. Dieu ne le veut pas…

Ah! tenez, je m'étais promis de rester froid en vous écrivant; je m'étais promis… Non, je vous aime, Fernande… je vous aime… et je me meurs de ne pouvoir vous aimer! Que tout soit fini; soit! Mais sachez, ô ma fiancée, que je pleure en traçant ces lignes, où j'ai mis tout ce que j'ai en moi!

Adieu.

JEAN.»

A mesure que la jeune fille lisait, sa voix devenait plus triste et plus brisée. On eût dit qu'en agitant ses souvenirs, le passé revenait plus amer à sa pensée, de même qu'en remuant un vase, on fait remonter la lie du vin à la surface. Madame était émue. Elle prit la main de la jeune fille: cette main était glacée.

—Ainsi, ajouta-t-elle, mon père nous séparait encore… mais cette fois tout était fini. Sa volonté pouvait fléchir: celle du mort ne le pouvait pas. Désormais entre Jean et moi, il y avait un abîme… Il est parti… Je n'ai pas essayé de le retenir. Mais ma vie était un long supplice. Un jour j'ai revêtu des vêtements de paysan, et je suis venue le rejoindre. Il m'a reconnue… j'allais m'éloigner de lui à jamais, quand cet humble soldat que vous avez vu m'a conseillé d'aller…

Mais, Madame, il faut que je termine l'aveu: aveu cruel, car c'est à vous, la petite-fille de Louis XVI, que je dois le faire. Ce n'est plus seulement la douleur, c'est la honte qui m'abat… la honte, car je vais humilier à vos pieds, en implorant le pardon d'un crime, celui dont je sors…

Elle se recula, puis mettant un genou en terre:

—Madame, je suis la fille du citoyen Lucien Grégoire, le régicide!

III