—Je pars, nous ne nous reverrons jamais, ou nous ne nous reverrons que lorsque l'âge aura glacé notre sang et refroidi notre cœur. Partez! Fernande! Par pitié, quittez-moi, je ne suis qu'un homme, et des idées criminelles me montent à la tête… Partez…
—Vous avez raison. Je pars.
Ils étaient debout, l'un et l'autre, séparés à peine par l'étroitesse de la cellule. Ils se disaient l'adieu suprême dans un regard, comme s'ils eussent senti qu'ils n'auraient pas été maîtres d'eux-mêmes, s'ils s'étaient seulement touché la main. Mais des natures loyales comme celles-là, des êtres supérieurs à la foule, grandis encore par leur foi religieuse, cette force suprême, ne devaient point succomber ainsi que des incrédules ou des athées.
—Vous allez partir! balbutia Fernande, vous allez partir! Et je ne vous reverrai plus! et je vais traîner désormais ma vie douloureuse loin de vous, loin de mon espérance, loin de mon bonheur! O Jean, qu'avons-nous fait à Dieu, pour que Dieu nous châtie aussi cruellement?
—Ne me parlez pas ainsi, dit-il à voix basse, cela me torture.
—Que deviendrons-nous? reprit-elle amèrement. Je me demande si la vertu, si le respect des choses saintes n'est pas une duperie! Puis, quand cette pensée coupable me vient, j'y devine un blasphème, et j'ai honte de l'avoir eue.
Seraient-ils vainqueurs? Cette lutte du bien et du mal qui se livrait en eux les bouleversait.
—Si j'écoutais mon cœur, continua Fernande, je vous dirais: Emmenez-moi, prenez-moi, et allons demander au reste du monde un bonheur qui nous est refusé ici! Mon bien-aimé, nous avons échangé nos âmes, nos serments nous ont donnés l'un à l'autre. Peut-être est-ce un crime que nous commettrons, mais nous sommes des êtres humains et…
Elle s'arrêta.
—Quelle vie heureuse nous aurions! Seuls et libres, qui pourrait nous demander compte de nos actes? Je yeux partir avec vous. L'Angleterre, l'Amérique nous servira d'asile. Je veux partir, si nous sommes coupables, qui le saura? Si nous sommes coupables, qui nous punirait?