Vainement il s'était repris à deux ou trois fois pour obtenir une audience. Toujours le juif s'était heurté à M. de Charette, qui lui avait répondu: Impossible.

Pendant les événements que nous avons racontés dans la seconde partie de cet ouvrage, c'est-à-dire aux mois de juin et de juillet, il en avait été de même. De juillet à octobre la situation n'ayant pas changé, Deutz se trouvait fort embarrassé, ayant promis et ne pouvant tenir.

Certes, la défiance n'existait pas d'abord dans le camp royaliste. Les cœurs élevés ne connaissent pas la défiance; mais peu à peu de tels abandons s'étaient produits, que les principaux d'entre les Vendéens avaient dû recourir à un excès de prudence. On ne se méfiait pas plus de Deutz que de toute autre personne; mais, en règle générale, on se méfiait de tout le monde.

Ce fut grâce à cette prudence extrême que, pendant trois mois, la retraite de Madame ne pût être découverte. Il faut penser que le ministre de l'intérieur avait mis sur pied tous les limiers de la préfecture de police, que les meilleurs agents de la rue de Jérusalem, appâtés par une promesse de récompense extraordinaire, passaient leurs jours et leurs nuits en surveillant, et que pas un renseignement n'était encore parvenu au ministère.

Madame était-elle cachée à Nantes?

On ne le savait même pas positivement.

Les dilemmes qui se posaient étaient au nombre de deux:

Ou Son Altesse était à Nantes, et alors il devenait impossible qu'on ne découvrît pas sa cachette;

Ou elle n'était pas à Nantes, alors…

Alors on tombait dans l'inconnu.