Pour lui, l'or, c'était la grande clef humaine qui ouvre toutes les portes, celle du cœur comme celle de la conscience. Dieu a voulu que le mal ne pût jamais admettre l'existence du bien: celui qui est mauvais suppose fatalement que les autres lui ressemblent. Il y a là une loi physiologique, rigoureusement vraie, éternelle, par conséquent, comme tout ce qui est vrai.
Le premier jour de cette retraite, que fit le traître, seul à seul avec lui-même, par un jour de rage? Il maudit ces gens, le père et la fille qui l'avaient chassé; il maudit ces ouvriers, dont la voix brutale, mais sincère, lui avait montré à quel degré de mépris il était descendu.
Cette rage fut violente, exaspérée, accompagnée d'imprécations.
La nuit calma un peu cette fureur. Le second jour, il raisonna plus froidement.
Ce raisonnement ne fit qu'accroître encore son âpre besoin de vengeance.
Vengeance contre qui? Il ne le savait pas lui-même. Au fond c'était une vengeance contre tout le monde.
Le troisième jour ce fut la révolte qui gonfla cette âme! Ah! on le méprisait, et il était riche! Ah! on le refusait comme mari, et il était riche! Ah! on l'insultait, et il était riche! Cela ne serait pas.
Comme il était riche, il achèterait l'estime, il achèterait une femme, il achèterait le respect!
M. Simons et sa fille l'avaient dédaigné, il leur montrerait que l'on trouve toujours en ce bas monde des femmes qui consentent à échanger la misère contre l'aisance.
Il sortit, hautain, déterminé à tout braver. Sa première visite devait être pour une de ses parentes éloignées, très-pauvre, laquelle avait trois filles.