Deutz lui glissa une pièce de monnaie dans la main.

—Donnez-moi une chambre, dit-il.

On l'introduisit dans la banale et vulgaire chambre d'auberge.

—J'ai froid, dit-il en frissonnant.

Le garçon jeta un fagot dans l'âtre, puis il se retira.

Deutz se jeta pesamment sur le lit sans se dévêtir et s'endormit.

* * * * *

Quand il s'éveilla, le soleil baissait déjà à l'horizon. Le repos l'avait calmé.

—Je suis un niais, murmura-t-il. Est-ce qu'il ne me reste pas ma fortune? Avec ma fortune je puis être heureux… Il fit rapidement sa toilette et envoya acheter un chapeau; puis il sortit. C'était l'après-midi d'un dimanche. Le soleil de décembre illuminait le ciel de ses rayons pâles. Il faisait ce froid sec et piquant qui rend, par une belle journée, la promenade d'hiver si agréable. L'avenue de Sèvres était pleine de monde. Deutz tourna le quai de la Seine et se mit à se promener sur la berge gazonnée qui suit le cours du fleuve. Chaque Parisien connaît l'endroit dont nous parlons. A droite, en face de la Seine, s'étendent ces immenses jardins, qui sont aujourd'hui la propriété de M. le baron de Rothschild.

Des saltimbanques forains avaient établi là leurs pénates, et le petit public populaire se pressait à l'intérieur de leurs baraques de bois; des femmes de chambre tenant des enfants par la main, des boutiquiers, quelques ouvriers et les véritables soldats, les Bayards à cinq centimes, qui regardaient tout cela de leur large sourire confiant.