Cette scène respirait une telle bonhomie, une telle tranquillité, que Deutz s'approcha et se mêla à la foule. Il y avait dix minutes peut-être qu'il était là, quand un homme de haute taille, carré d'épaules, et qui portait un étrange costume, moitié bourgeois et moitié paysan, parut sur la route. Il marchait à grands pas, se dirigeant vers la route de Sèvres, comme s'il voulait gagner Paris.

C'était Aubin Ploguen. Que venait-il faire là? Nos lecteurs ne tarderont pas à le savoir. Lui ne perdait pas son temps. Il marchait à larges enjambées, quand tout à coup il aperçut Deutz, et un cri de colère s'échappa de ses lèvres. Il entra dans la foule, et, se frayant un passage, arriva jusqu'au traître. Alors, levant sa terrible main, il la laissa lourdement tomber sur son épaule.

Certaines natures sont dépaysées quand on les arrache à leur cadre naturel. Le rude Breton se croyait encore en Bretagne. Il confondait la berge de la Seine avec la rive de la Vilaine.

—Fais ta prière, dit-il à voix haute, au milieu de la stupeur des assistants: je vais t'attacher une pierre au cou et te noyer comme un chien!

Une pareille phrase au milieu de la lande de Kloarek n'eût pas étonné le patour, mais aux portes de Paris, éclatant dans une foule populaire, elle fit émeute. On monta sur les chaises pour mieux voir. Le spectacle en plein vent paraissait mesquin.

—Qu'est-ce qu'il y a?

—Oh! le rude homme!

—Qu'est-ce qu'il a fait?

Ces phrases s'échangeaient d'un bout à l'autre des baraques. Aubin répéta:

—Fais ta prière!