Fernande ne répondit rien. Elle sortit de la chaumière et marcha droit au campement des chouans. On la connaissait. La touchante histoire d'amour de ces deux êtres avait ému ces cœurs doux comme le sont tous les cœurs braves.
—Je voudrais une charrette et un cheval, dit-elle à l'un d'eux.
Cela ne prit que vingt minutes. Dans la charrette on mit des pelles et des pioches. Puis les deux femmes s'enveloppèrent dans leurs châles et l'on partit.
C'était un paysan de Vieillevigne qui les conduisait. Il savait que le but de ce voyage était le château de la Pénissière, et le cheval courait poussé par de vigoureux coups de fouet.
Elles firent le trajet sans échanger une seule parole, sans prononcer un seul mot.
Le vent léger de la nuit soulevait par moment le voile qui couvrait le visage de Fernande et Jacqueline le voyait inondé de larmes.
—Elle pleure, pensa-t-elle; moi, je le vengerai!
Pauvre Fernande! Cette nuit lui rappelait celle où, libres désormais, ils se fiançaient sous le regard de Dieu. La même lune étincelait dans le même ciel, les mêmes étoiles brillaient et, pourtant, comme la joie ardente avait rapidement fait place au désespoir sans bornes!
Il était perdu pour elle, en cette vie du moins, car elle sentait bien que, dans l'autre monde, Dieu les unirait pour toujours.
… La charrette courait. Deux heures après leur départ de Rassé, ils atteignirent la route qu'Aubin Ploguen et Lenneguy avaient franchie en courant. Hélas! où étaient-ils tous les deux? Morts aussi! L'héroïsme côtoie incessamment des tombes.