A quelque distance du château de la Pénissière, Jacqueline et Fernande furent averties de l'approche du lieu fatal par la réverbération des flammes. L'incendie n'était pas éteint. Le château brûlait toujours. Oh! quel spectacle, quand elles se trouvèrent en face de ce tombeau grandiose où reposaient les huit chouans!
Des murailles calcinées, des poutres à demi brûlées, des pierres presque tordues sous la puissante destruction de l'incendie. Une colonne de fumée montait vers le ciel, image de ces âmes héroïques qui y étaient montées, le sacrifice accompli.
Il n'y avait plus rien, là, d'une maison. Un amoncellement informe de matières brutes et noirâtres. Une seule chose était restée la même: les traces du sang versé qui couraient sur la terre durcie.
Fernande se mit à genoux et pria.
—Dieu a donné, Dieu a repris; que Dieu soit béni! murmura-t-elle.
—Elle se résigne, moi je hais, pensa Jacqueline, et ma haine sera plus forte que sa résignation.
Fernande se releva et prit une pioche. Le paysan et la Pâlotte l'imitèrent. Alors elle s'avança au milieu des décombres, sans se demander si elle s'exposait, si une poutre ne l'écraserait pas. Elle leva son outil et se mit à creuser.
Dieu a fait sa créature d'un limon étrange. La volonté, qui renverse le fort, sait donner aussi cette force à celui qui est faible. Fernande semblait ne connaître ni la fatigue, ni l'épuisement; elle frappait au milieu de ces pierres avec l'énergie d'un homme vigoureux.
Et l'on eût dit que ses frêles mains auraient à peine pu soulever la pioche lourde dont elle se servait. Cela dura ainsi pendant une demi-heure: le paysan et Jacqueline furent fatigués avant elle.
Un voyageur attardé n'aurait rien compris à ce tableau. Par cette nuit d'été, dans ce cadre merveilleux de poésie de la plaine bretonne, deux femmes et un paysan, perdus au milieu de ces ruines et creusant un chemin à travers les pierres encore chaudes du manoir écroulé.