Nelly riait toujours, ne pouvant pas s'arrêter, si bien que son rire gagna Faustine.
—Quel beau drame pour un auteur dramatique de l'avenir! continua Mlle Forestier. «Faustine de Bressier se tuant de désespoir!»
—Pourquoi pas?
—Alors, tu excuses le suicide?
—Le suicide vaut mieux que la honte! On n'a plus le droit de vivre quand l'honneur est mort!
La journée passait, et les angoisses de Faustine s'envolaient. La gaieté de Nelly agissait toujours sur elle. Le général le savait. Aussi se réjouissait-il de l'intimité de ces jeunes filles. Naturellement grave, Mlle de Bressier se perdait un peu trop en des pensées sérieuses. Il était bon qu'elle eût à côté d'elle un être expansif et rieur. Puis, si le général désirait autrefois que les deux amies vécussent ensemble, c'est qu'il prévoyait que bien des tristesses assombriraient l'existence de son enfant. La mort pouvait le prendre à l'improviste. Lui surtout, menacé par les périls toujours nouveaux du métier militaire. Étienne resterait, sans doute. Mais un officier n'est pas son maître. Il est exposé aux hasardeux changements des garnisons. Aussi voulait-il que sa fille se mariât jeune. Il désirait en effet, qu'elle épousât M. de Guessaint. Répugnant à la contraindre, il se consolait à la pensée que Nelly serait pour elle une tendresse toujours présente et toujours active.
La nuit tombait. Déjà le parc s'emplissait d'ombres grises, quand Marius entra.
—Hé bien! quelles nouvelles, mon ami? s'écria Mlle de Bressier en l'apercevant.
—Bonnes nouvelles, Mademoiselle.
—Tu viens de Versailles?