—Je fais ce que mon père ordonnerait qu'on fît s'il pouvait nous dicter ses volontés.
M. de Guessaint s'inclina. Il ne lui restait qu'à obéir à sa cousine. Faustine était la maîtresse.
—Est-ce que vous couchez au château? demanda-t-elle au jeune homme.
—Non, ma cousine. Il faut que je retourne à Versailles et que je transmette votre décision au commandant de la place.
—Merci, mon cousin. Je n'oublierai pas que vous avez été de moitié dans la plus grande douleur de ma vie.
Elle lui serra la main, et M. de Guessaint sortit.
—Si tu savais combien je suis malheureuse, murmura Faustine en glissant dans les bras de Nelly.
De nouveau, elle fondait en larmes, et son désespoir la ressaisissait, plus intense et plus violent au souvenir de ce père qu'elle adorait. Elle se coucha pour complaire à son amie. Mais pas un instant elle ne put fermer l'œil. Pauvre Étienne! comme il serait malheureux, lui aussi. Faustine se retournait dans son lit, fiévreuse, répétant: «Papa! oh! mon pauvre papa!» Elle ne s'endormit qu'au matin, brisée, de ce sommeil lourd qui est moins le repos que l'anéantissement. Lorsqu'elle s'éveilla, la matinée s'avançait déjà. La jeune fille ne voyait ni le clair soleil qui se jouait entre les branches, ni les gaietés rieuses du printemps. Elle n'entendait pas les cris vifs des oiseaux qui voletaient en se poursuivant d'arbre en arbre. Une seule pensée la tenait. Son père, qu'elle chérissait de toutes les forces de son être, elle ne le verrait plus jamais jamais! Sa femme de chambre lui dit que Mlle Nelly était venue plusieurs fois prendre de ses nouvelles, et qu'elle l'attendait dans l'atelier.
—Priez Mlle Forestier de m'excuser, répliqua Faustine, je la rejoindrai dans un instant.
Et elle descendit dans le cabinet de travail du général. M. de Bressier aimait à se réfugier dans cette pièce large, aux tentures sombres, où se trouvaient réunis quelques-uns des plus chers souvenirs de sa vie aventureuse. A côté d'armes arabes, autrichiennes et chinoises, entre les panoplies guerrières, étaient accrochés les portraits de ses enfants et de sa femme. Au fond de la chambre se dressait un bureau, acheté par lui à la vente du maréchal Bugeaud. Au commencement de la guerre, il disait à Faustine: