Puisque je n'ai pu vivre en ces siècles magiques,
Puisque mes chers soleils pour d'autres yeux ont lui,
Je m'exile à jamais dans ces vers nostalgiques
Et mon cœur n'attend rien des hommes d'aujourd'hui.
C'est donc à ces siècles magiques de la Renaissance que Giraud demande presque toute son inspiration. A-t-on eu raison de lui découvrir, pour cela, une âme romantique? Heredia, lui aussi, a chanté la Renaissance! Toujours est-il que je ne saurais lire, par exemple, les Tribuns de Giraud, sans songer aussitôt aux Chevaliers errants de Victor Hugo. Qu'on en juge:
Le peuple a vu passer des hommes énergiques,
Au masque impérieux, chargé de volonté,
Parlant haut dans leur force et dans leur majesté
Pour tirer du sommeil les races léthargiques.
Jetant au vent du ciel des syllabes magiques,
Leur verbe qui vibrait d'une âpre charité,
S'emplissait, pour venger l'idéal insulté,
De glaives menaçants et de buccins tragiques,
La foule a retenu leur nom mystérieux
Et le lance parfois en échos glorieux
Dans l'acclamation d'une ardente victoire.
Le marbre légendaire où vit leur souvenir
S'élève sur le seuil éclatant de l'histoire,
Et leur geste indigné traverse l'avenir[61].
Il ne s'agit nullement de comparer ce beau sonnet, d'un souffle un peu court, à la frémissante chevauchée de la Légende des Siècles; tout de même, c'est un arrière-petit-cousin…
Hors du siècle, le chef-d'œuvre d'Albert Giraud, évoque ces galeries de portraits où les ancêtres occupent les places d'honneur. Ils ont tous grand air. Van Dyck aurait pu les peindre. Voici le Dauphin:
Qui pleure d'être heureux et dont la tête lasse
Plie adorablement sous l'orgueil de sa race,
Comme sous un tragique et trop pesant cimier…
Au palais des Borgia,