Siègent dans l'écarlate et les appels de cor
Les cardinaux romains rouges comme des laves.
Puis, dans les décors éclatants d'autrefois, les princes arrogants et cruels, les fiers aventuriers chamarrés d'or… Certains tableaux des Dernières Fêtes sont aussi flambants:
Primat de Chypre, prince évêque d'Amathonte
Patrice de Byzance à la crosse d'orgueil,
Sous les plis féminins de sa robe de honte,
Monseigneur de Paphos rêve dans son fauteuil
Parmi les longs reflets des lourdes draperies,
Au souffle d'éventails de pourpre, regardé
Du vitrail écarlate où des flammes fleuries
Versent de l'or qui brûle et du soleil fardé,
Et dans ce fier décor de rubis et de laves
Qu'exaspère un désir d'être plus rouge encor,
Écoute loin, là-bas, aux bouches des esclaves,
Sangloter et saigner des fanfares de cor[62].
Le même talent se manifeste dans des recueils plus récents, La
Guirlande des Dieux (1910) et La Frise empourprée (1912).
La vertu dominante d'Albert Giraud semble bien la distinction. Elle pare et ennoblit tous ses poèmes; mais aussi leur impose parfois une allure un peu guindée, nuit à leur simplicité, à leur bonne grâce: la plupart manquent d'émotion. Albert Giraud possède les qualités d'un admirable joaillier, il reste trop insensible aux misères et aux gloires de la vie. Rarement, il consent à rentrer dans le siècle; il préfère badiner avec Pierrot «son cousin par la Lune[63]», et ne rien voir, ne rien entendre qui réponde mal à ses exigences artistiques.
La multitude abjecte est par moi détestée.
Pas un cri de ce temps ne franchira mon seuil;
Et pour m'ensevelir loin de la foule athée,
Je saurai me construire un monument d'orgueil.
Le nom de Valère Gille paraît inséparable de ceux d'Iwan Gilkin et d'Albert Giraud. Sa muse impassible est, à n'en point douter, parente des leurs, une parente pauvre d'ailleurs… Le Château des Merveilles, La Cithare, Le Collier d'opales, Le Coffret d'ébène renferment des vers conformes aux règles de la métrique. Le second de ces recueils nous offre des poèmes inspirés de l'antiquité, «La Douleur d'Héraclès», «La Naissance d'Apollon», «La Prière d'Hippolyte», ou des descriptions de paysages. Il convient d'en apprécier la dédicace:
Aux poètes Iwan Gilkin et Albert Giraud
À mes chers amis
En souvenir
De notre campagne littéraire
Pour le triomphe
De la tradition française
En Belgique.