Mon cœur est éperdu des étangs et des bois
Comme s'il les voyait pour la première fois[93]!

Ou bien:

En quel jardin fermé me suis-je réveillé?
Ah! rien que les sanglots d'un cœur émerveillé,
Des mots ne diront pas ce que l'âme veut dire!

Quelle Ève m'égara vers la paix de ces bois?
Pardonnez-moi, mon Dieu, si j'en reste sans voix:
Mon âme est une enfant et ne sait pas sourire.

Mon cœur sanglote! Hélas! Ne le voyez-vous pas?
Mon cœur qu'elle a ravi, défaille entre ses bras.
Achevez mon bonheur et faites que j'expire[94].

Séverin a fui la vie trépidante des villes; il s'est réfugié dans la nature qui, seule, lui communique des sensations profondes et belles. Il aime la nature de toute son âme, il aime les grands bois:

C'est pour les écouter que j'ai fui loin du monde!
Ô bois mélodieux que fait chanter le vent,
Je n'ai jamais ouï votre rumeur profonde
Sans qu'un trouble sacré saisît mon cœur fervent[95]!

L'amour de la nature apprend à ne jamais désespérer:

Es-tu las? Tu t'assieds dans l'herbe du talus,
Devant les bois, les monts et la plaine fleurie;
Et, le regard au loin, dans une rêverie
Qui franchit à son gré la distance et le temps,
Tu revis en esprit les lumineux distants…
Pourquoi connaîtrais-tu la tristesse et le doute!
Rien n'est perdu. Tantôt tu reprendras ta route
Avec un cœur si pur, si jeune, si fervent,
Qu'il s'émerveillera de tout, comme un enfant…[96]

À travers Le Don d'enfance, Un Chant dans l'ombre, Les Matins angéliques, La Solitude heureuse, passe le bon frémissement consolateur de la nature. Dans ces poèmes, nul artifice précieux ne voile jamais la pureté séraphique de l'atmosphère. Par la langue claire et noble, Fernand Séverin s'apparente à Racine, par l'inspiration douce, à Lamartine, mais son talent dévoile toujours les secrètes pudeurs, innocemment gracie uses, d'une âme délicate et loyale.