Le symbolisme reprend ses droits avec André Fontainas, poète moins inquiet qu'habile et somptueux. «Il ne semble pas le poète des violentes et fréquentes émotions. Il représente le calme des lacs abrités et des palais sans tragédie[97].»

En mon âme d'ennui jamais ne s'élève
Le désir d'un désir, ni le rêve d'un rêve,
Et j'ai fui le soleil aux lambris du manoir,
Vers le Nord en l'espoir d'y trouver quelque espoir,
Loin des appels de femmes ou de futiles gloires,
Où mordre aux fruits furtifs de vergers illusoires,
En dépit de l'exil aux mirages d'espoir,
Loin des fêtes et des splendeurs de mon manoir,
Dans mon âme d'ennui jamais ne s'élève,
Le désir d'un désir, ni le rêve d'un rêve[2].

Les Vergers illusoires, Nuits d'épiphanies, Les Estuaires d'ombre, Le Jardin des îles claires, La Nef désemparée témoignent d'un art extrêmement honnête et fort discipliné, trop discipliné même, car on aimerait trouver dans l'œuvre de Fontainas moins de recherche et plus de vie.

Max Elskamp est un miniaturiste catholique des siècles passés, égaré parmi nous. La Louange de la Vie[99] célèbre les petites gens de Flandre, leurs vieilles coutumes, leurs pieuses manies, avec une précision attendrie. Ce livre a l'allure simple et enfantine des vieilles chansons populaires. Il en a aussi le rythme monotone et las. Répétitions voulues des mêmes mots, constructions étranges et parfois incohérentes des phrases, souci de commencer souvent un poème par les adverbes «or» ou «car», toutes ces modalités donnent à La Louange de la Vie un aspect archaïque et naïvement religieux qui évoque la mère Flandre de jadis et émeut fort. J'aime surtout ces six chansons de pauvre homme.

Un pauvre homme est entré chez moi
Pour des chansons qu'il venait vendre;
Comme Pâques chantait en Flandre
Et mille oiseaux doux à entendre,
Un pauvre homme est entré chez moi.

Si humblement que c'était moi
Pour les refrains et les paroles
À tous et toutes bénévoles,
Si humblement que c'était moi
Selon mon cœur comme ma foi.

Or, pour ces chansons, les voici,
Comme mon âme, la voilà,
Sainte Cécile, entre vos bras;
Or, ces chansons bien les voici,
Comme voilà bien mon pays,

Où les cloches chantent aussi
Entre les arbres qui s'embrassent
Devant les gens heureux qui passent,
Où les cloches chantent aussi
Des dimanches aux samedis;

Et c'est pour toute une semaine
Qu'ici mon cœur, sur tous les tons,
Chante les joies de la saison,
Et c'est dans toute une semaine
Où chaque jour a sa chanson[100].

Malheureusement, dans La Louange de la Vie, bien des vers restent obscurs et peu compréhensibles, en raison de leur forme inattendue, et aussi des rites locaux, inconnus de nous, auxquels ils font allusion. Les petits tableaux des Enluminures me semblent plus clairs, plus allègres, plus coquets, d'un mysticisme plus accessible aux profanes.