Aux côtés de Max Elskamp se rangent d'autres poètes catholiques. Thomas Braun chante les bénédictions de la maison, de la famille, des aliments, des pauvres, des malades, des insectes, des animaux, de tout ce qui rit, pleure et vit, avec une foi profonde et un cœur simple. Œuvre très personnelle, empreinte de la meilleure, de la plus belle charité chrétienne, Le Livre des Bénédictions est aussi le livre des consolations, et j'imagine qu'il doit raffermir bien des êtres ébranlés. Je le préfère au volume plus récent Fumée d'Ardenne, d'où s'exhale moins d'émotion. Voici toutefois des vers qui livrent, dans une sainte extase, l'âme ardemment croyante de Thomas Braun.
Je songe au cerf qui t'apparut dans la futaie,
Sans doute au saut des sapinières
Où je chassais l'année dernière.
Un douze cors auguste et dont les bois étaient
Épanouis comme une lyre.
Je songe à ton émoi
Quand tu vis luire
Un crucifix entre ses bois.
Et je te vois à deux genoux,
Timide
Et fou,
Dans les myrtilles et la mousse,
Priant la bête rousse
Au mufle humide
Qui pardonne, de ses yeux doux
À des mâtins épouvantés
Et au coursier qui t'a porté,
Dans le ravin, par les bouleaux heurtés
À la poursuite
De sa fuite…[101]
Georges Ramaekers a bien, selon l'expression de Victor Kinon[102] «la mentalité d'un franciscain du XIIIe siècle, mystique, artiste et un peu visionnaire, qui, condamné pour ses péchés à vivre de nos jours, se serait épris de la littérature du dernier bateau». Le Chant des trois règnes, tout imprégné de la symbolique chrétienne, surprend souvent par sa forme audacieuse.
Victor Kinon lui-même dans L'Âme des saisons nous décrit une nature animée de cloches, bercée de litanies, de prières et de messes. Les poèmes de Kinon attestent une sensibilité bien fraîche, une foi étonnée et sûre de petit enfant:
L'Ave Maria dans les bois
On le récite à demi-voix
On le récite à l'heure brune
L'Ave Maria dans les bois.
C'est un pays avec des bois.
Et de grands espaces de lune
Et des oiseaux dont l'un parfois
Risque une note de hautbois…
Que si dans la clairière on voit
Fuir les bonshommes de la lune
Ah! vite alors, haussant la voix,
L'Ave Maria dans les bois…
Et voilà la troisième chanson du petit pèlerin à Notre-Dame de Montaigu.
L'Heure de l'âme laisse apprécier les tendances idéalistes de l'abbé Hector Hornaert, l'un des artisans les plus distingués et les plus doués de la renaissance catholique.
Mais une Polymnie moins rigoureusement orthodoxe attire bien d'autres talents!