Comme j'aime les Voyages vers mon pays de Paul Spaak! Ô le livre souriant et clair! Le joli émoi courageux dont il s'imprègne! Spaak, ayant visité l'Italie puis la Grèce, remonte vers son pays. En apercevant la chère terre de Flandre, il trouve, pour la chanter, de ces accents vigoureux avec tendresse, par quoi se livre une âme belle et haute. Les voyages, s'ils tonifièrent son patriotisme, l'ont allégé des vains préjugés; il rapporte une conception plus large, plus intelligente du monde. Je ne résiste pas au plaisir de citer tout ce noble poème dont les dernières strophes sont d'une magnifique envolée:
Oui! Sois de ton pays! Connais l'idolâtrie
De la terre natale! Et porte en toi l'orgueil
Et le tourment de ses jours de gloire et de deuil!
Il faut avoir l'émotion de sa patrie!
Il est bon pour son âme de communier
Avec le paysage intime et coutumier;
Il est bon d'éprouver à quel point on s'enlace
Aux choses de sa terre, aux hommes de sa race,
Et de sentir combien leur étreinte fervente
Rend sa force plus vigoureuse et plus vivante!
S'augmentant de leur vie en y participant,
L'on peut comprendre et savourer comme on dépend
D'eux tous, et comme on doit le meilleur de soi-même,
À tout ce qui vécut sur le sol que l'on aime!
Que cet amour pourtant ne ferme pas tes yeux
À la réalité du monde spacieux,
Et pour mieux te garder à ton pays fidèle,
Qu'il ne réduise par l'ampleur de ton coup d'aile!
Si ton esprit est ferme et ton âme aguerrie,
Ils voudront dépasser, dans l'élan de leur vol,
Le cercle trop étroit qui limite ton sol,
Car le monde est plus beau que toutes les patries!
Oui! Sois de ton pays! Mais que le monde est vaste!
Et comme les splendeurs multiples qu'il recèle
Exaltent le pouvoir du cœur enthousiaste,
Capable d'absorber la vie universelle!
Ah! regarde ce chêne aux ramures royales,
Éternel et puissant comme un pilier de marbre,
Et qui dresse, dans notre forêt patriale
Son front large au-dessus de la cime des arbres!
Ses racines, épaisses comme des cordages,
Le retiennent au sol dont nous le nourrissons,
Mais sa tête a monté si haut dans les nuages,
Que tous les vents du ciel y mêlent leurs chansons[103].
L'Anémone des Mers, L'Aile mouillée de Jean Dominique (ce pseudonyme cache le nom d'une femme) sont d'une transparence presque irréelle à force de subtilité.
Isi Collin nous mène vers La Vallée Heureuse où nous retiennent les accords invitants de ses strophes: