C'était l'heure infinie où, mourantes, les fleurs
Balancent leurs parfums que la brise éparpille,
Où, par la paix du ciel, les étoiles scintillent
Et tissent dans le soir leurs trames de lueurs.
C'était l'heure infinie où tout un peu se meurt[104].
Plus mélancolique, la muse de Paul Gérardy[105], le doux poète des Roseaux:
Oh! c'est un lied bien monotone
Pleurant toujours les mêmes pleurs,
Chantant toujours les mêmes fleurs
Le lied que mon âme chantonne.
La Route enchantée d'Adolphe Hardy, Les Poèmes Pacifiques de Prosper Roidot, L'Arc en Ciel de Pierre Nothomb, L'Isolement de Paulin Brogneaux font revivre des coins de terre chéris et évoquent le pays natal avec une aménité persuasive.
Nous goûtons la même sensibilité un peu triste dans l'Âme en exil de
Georges Marlow, dans les poèmes de Franz Ansel.
Citons encore les luxueux sonnets d'Émile van Arenberghe, les poésies harmonieuses mais un peu fades qu'Henri Liebrecht intitule Fleurs de soie, les vers élégants du comte Albert du Bois, aussi les Basiliques de Léon Legavre, où se rencontrent fréquemment certains rythmes qu'affectionne Verhaeren.
Enfin, je m'en voudrais d'oublier les Jules Delacre, les Georges Rency, les van de Putte, les Louis Piérard, les Léon Souguenet, les Fernand Crommelynck, les Gaston Heux, les Léon Wauthy, les Sylvain Bonmariage, les Paul Mussche, et d'autres jeunes que je ne puis malheureusement présenter, tous, plus ou moins sympathiques, mais fidèles assidus du Bois Sacré.
On le voit, la Flandre ni la Wallonie ne manqueront de poètes… Depuis vingt-cinq ans, les préoccupations politiques et sociales n'ont point détourné la Belgique d'aspirations désintéressées. C'est sans arrière-pensée, et joyeusement, qu'elle doit célébrer ses noces d'argent avec Apollon.
* * * * *
Nous avons réservé le plus grand des poètes belges, et, il faut l'avouer, le plus grand des poètes contemporains de langue française. Intercaler le génie d'un Émile Verhaeren entre les talents, si remarquables soient-ils, de ses confrères, eût été l'impertinence même. D'ailleurs, une telle œuvre ne crèverait-elle point le cadre où l'on tenterait de l'inclure? Et pourquoi vouloir emprisonner dans les limites nécessairement étroites d'un groupement le vaste lyrisme que toutes les manifestations de la vie sollicitent? Déjà, le caractère de ce livre ne permet point de consacrer à Verhaeren une monographie détaillée; nous nous excusons de ne lui accorder, en ce chapitre aux proportions mesurées, qu'une étude fort incomplète[106].