L'ANCÊTRE FRIVOLE.
«Oui! un artiste! s'écria-t-il, et encore un artiste idéaliste, nébuleux, romantique, comme ils disaient alors, un rêveur, un futiliste, un éplucheur de fadaises!... Tu penses bien que je me suis renseigné... Pour connaître toute l'étendue de mon malheur, j'ai consulté nos grands artistes actuels, les photo-peintres de l'Institut... Je sais ce qu'il était, ton trisaïeul! N'aie pas peur, il n'aurait pas inventé la trigonométrie, ton trisaïeul!... Il n'eut à sa disposition qu'une cervelle légère et vaporeuse évidemment, comme la tienne, dépourvue des circonvolutions sérieuses, comme la tienne, car c'est de lui que tu tiens cette inaptitude aux sciences positives que je te reproche. O atavisme! voilà de tes coups! Comment annihiler l'influence de ce trisaïeul qui revit en toi? Comment le tuer, ce scélérat? Car tu penses bien que je vais lutter et le tuer...
—Comment tuer un trisaïeul mort depuis plus de cent ans? fit Georges Lorris en souriant; tu sais que je vais défendre mon ancêtre, pour lequel je ne professe pas le même superbe dédain que toi...
—Je veux le détruire, moralement bien entendu, puisque le scélérat qui vient ruiner mes plans est hors de ma portée; mais je veux combattre son influence malheureuse et la dominer... Tu penses bien, mon garçon, que je ne vais pas t'abandonner, pauvre enfant plus malchanceux que coupable, abandonner ma race!... Certes non!... Je ne puis pas te refaire, hélas! je ne peux pas te remettre, comme j'y avais songé, pour cinq ou six ans, à Intensive scientific Institut...
—Merci, fit Georges avec effroi, j'aime mieux autre chose...
—J'ai autre chose, et mieux, car tu ne sortirais pas beaucoup plus fort...
—Voyons ce meilleur plan?
—Voici! Je te marie! Je nous sauve par le mariage!
—Le mariage! s'écria Georges stupéfait.
—Attends! un mariage étudié, raisonné, où j'aurai mis toutes les chances de notre côté! Il me faut quatre petits-enfants, de sexe quelconque—garçons si possible, j'aimerais mieux—enfin, quatre rejetons de l'arbre Philox-Lorris: un chimiste, un naturaliste, un médecin, un mécanicien, qui se compléteront l'un par l'autre et perpétueront la dynastie scientifique Philox-Lorris... Je considère la génération intermédiaire comme ratée...