Il reste à Louvain, de son âge prospère, un splendide édifice, un Hôtel de ville de toute magnificence, construit au milieu du quinzième siècle, et qui semble véritablement le chef-d'œuvre d'une confrérie d'orfèvres qui auraient travaillé la pierre, ou de maçons qui auraient tenté d'imiter l'œuvre des dentellières.

Construit tout à fait sur le modèle de ces châsses merveilleuses destinées à renfermer des reliques vénérées, il ne lui manque que des émaux et des pierres précieuses étincelant et rutilant au bout de ses pinacles ou dans les découpures de ses balustrades.

Cette fabuleuse architecture, ne pouvant être renfermée dans un musée, brille au plein soleil sur une Grande Place, pas très grande, étroite même, resserrée entre ce magnifique reliquaire d'art gothique et l'église Saint-Pierre, autre très beau morceau, au point de vue pittoresque surtout.

L'Hôtel de ville fait penser à une Sainte-Chapelle, c'est la même simplicité de plan, la même netteté de lignes, un rectangle à deux pignons lançant une svelte tourelle à chaque pointe, avec une autre tourelle à chaque angle, mais le tout est fouillé et sculpté de la base au faîte, fleuri de la première à la dernière pierre. Trois étages de fenêtres entre chacune desquelles une colonnette engagée au bas porte sur une saillie triangulaire, en guise de contreforts, une série de statues superposées sous des dais délicatement ciselés; tout le long du toit, règne une belle galerie de créneaux ajourés en balustrade flamboyante. Les tourelles d'angle, à partir de là, ont encore deux étages de plates-formes et une flèche aussi ajourée. Sur le toit, quatre étages de lucarnes.

Et partout, du haut en bas des arcatures trilobées, un hérissement de fleurons, de crochets, de pierres miraculeusement frisées, dentelées, tortillées. Et l'ensemble est d'une grâce souriante et épanouie. Il n'est pas d'architecture plus gaie que ce gothique flamboyant; par tous les temps, à travers bourrasques, brumes, tempêtes et révolutions, le gothique sourit toujours. Quelles lunettes portaient donc les gens du dix-huitième siècle qui l'accusaient d'être un art de tristesse!

Cet admirable monument était, comme tant d'autres, comme presque tous les monuments du Moyen-Age, arrivé à notre époque fort maltraité, et il a dû subir de nos jours une complète restauration; bien entendu les statues manquaient ou se trouvaient mutilées, il a fallu les refaire.

On fait commencer la décadence de Louvain à la fin du quatorzième siècle, après les dissensions entre les nobles et les artisans qui ensanglantèrent maintes fois la ville. Un des principaux chefs des gens des métiers ayant été assassiné à Bruxelles par des nobles chassés de Louvain, le peuple, quand la nouvelle en arriva, se rua en fureur sur les logis des nobles qui durent chercher refuge à l'Hôtel de ville.

LOUVAIN.—ÉGLISE SAINT-PIERRE.