On trouve encore à Douai, avec çà et là quelques souvenirs d'abbayes et de couvents, un reste d'une ancienne commanderie du Temple, un portail fortifié avec tourelles de briques et vieux toits formant un motif assez pittoresque.

Douai n'a pas d'églises bien remarquables; il y a Saint-Jacques, Saint-Pierre et Notre-Dame: celle-ci est un édifice gothique dont les pignons un peu frustes ne manquent pas de pittoresque, surtout celui que couronne un clocheton ardoisé lourd et trapu, bizarrement campé sur le toit.

La grande église Saint-Pierre allonge sa nef moderne entre une haute chapelle, dont le dôme se termine par un de ces clochetons en gourde qui se rencontrent si nombreux en Belgique, et une très grosse tour carrée de la Renaissance récemment restaurée, à silhouette intéressante malgré sa lourdeur. A l'intérieur, ces églises sont riches en tableaux et sculptures provenant, pour la plupart, d'églises ou d'abbayes supprimées à la Révolution.

DOUAI.—FRONTON DE LA MAISON DU DAUPHIN.

Douai n'a pas eu de vieux chroniqueur à statufier, ce n'est pas à l'histoire, c'est à la poésie que la ville a consacré un peu de marbre; sous les arbres d'un square voisin de Notre-Dame, s'élève la statue de cette pauvre Marceline Valmore, grand poète à la destinée malheureuse, dont l'âme vibra sous la douleur en admirables vers, en poèmes de tristesse les plus poignants qui soient, les plus doux et les plus résignés.

Douai est la patrie du géant Gayant, le célèbre géant Gayant, haut de trente pieds, colosse casqué, bardé de fer, qui se promène, bouclier au bras, lance au poing, tous les ans, à la Ducasse, un des premiers dimanches de Juillet, en grande cérémonie et dans un grand fracas de musiques, accompagné de sa femme, géante richement vêtue, et de ses enfants Mlle Fillion, M. Jacquot et Ch'tiot Bimbin, son dernier rejeton, bambins de quatre ou cinq mètres. Cette joyeuse procession qui met tout le pays en liesse daterait du quinzième siècle et remonterait, dit-on, à des réjouissances célébrant le départ des troupes du roi Louis XI après une vaine tentative sur la ville—à moins pourtant que son origine ne soit encore plus lointaine.

Lille se montre grande ville, très grande ville, les larges boulevards très mouvementés, les immenses voies sillonnées de tramways électriques sont bien d'une capitale; par malheur, cette capitale de la Flandre française, très modernisée, cité industrielle de première grandeur, ressemble à toutes les villes modernes d'importance, trop riches, trop lancées dans le mouvement industriel, pour avoir conservé grand'chose, sinon des monuments du passé, au moins des aspects caractéristiques des époques précédentes. Partout ce sont rues de commerce et d'affaires, avenues, boulevards neufs se prolongeant vers des quartiers usiniers, lesquels s'allongent à leur tour et marchent à la conquête des villages de leur banlieue pour les envelopper et les dévorer, et à la rencontre des villes voisines qui joindront un jour les volutes de fumée de leurs hautes cheminées aux fumées des siennes, pour la grande bataille industrielle.