Une des portes subsiste entre les deux tours rondes. C'est la porte de Lille, au bout de la rue la plus importante de la ville. Il y a de bien jolis fonds de tableaux dans toutes ces rues petites ou grandes, où toujours quelque haute et noble construction parle de l'ancienne Flandre: rutilante façade de briques moulurées, décorée suivant la mode gothique ou le goût de la Renaissance, maison de Corporation, local d'une Guilde disparue, logis de vieille bourgeoisie sur une rue vivante, ou bien, au fond de quelque ruelle étroite et grise, vieux pignon noirci et renfrogné, à portes et fenêtres closes, qui semble se remémorer dans l'éternel silence planant sur le pavé herbeux, des histoires de l'ancien temps que lui seul connaît encore, lui seul et le vieux beffroi.
YPRES.—L'ANCIEN STEEN DES TEMPLIERS RESTAURÉ.
Il y a des ruelles filant entre des maisons d'un pittoresque dessin, se coulant sous des voûtes ornées de quelque Vierge dans une niche, avec une vieille lanterne au bout d'une potence de fer, des ruelles zigzaguant entre des murs de jardins, passant et se perdant en quelque terrain vague, sur quelque place irrégulière et montueuse, visiblement ancien cimetière supprimé, devant quelque chapelle ou quelque église...
Dans cette rue de Lille qui fait face au beffroi, se voient de nombreuses façades intéressantes. D'abord, dès l'entrée, l'hospice Belle, grand pignon éclairé par une large verrière ogivale; de chaque côté de la verrière, une niche Renaissance datée de 1626 encadre une statue agenouillée: Salomon Belle à gauche, Christine de Gimes, sa femme, à droite en costume dix-septième siècle, fondateurs de l'hospice au treizième.
Un peu plus loin, du même rang, c'est une haute construction à tourelles, la maison des Templiers, Steen ou maison forte, vue et dessinée déjà il y a quelques années, à l'état de ruine presque, aujourd'hui rétablie, restaurée et agrandie. On l'appelle Maison des Templiers par tradition, sans qu'il soit bien prouvé qu'elle eût jamais appartenu à l'ordre. C'était, en tout cas, un vieux logis de mine rébarbative.