Les tempêtes ne cessèrent de souffler sur la Flandre pendant ce quatorzième siècle. En 1379, c'est une révolte générale des Gantois, à propos de la permission accordée à Bruges de creuser un canal qui devait lui rendre plus facile l'accès de la mer; les Chaperons blancs assaillent le bailli du comte, et brûlent les châteaux des nobles. C'est bien la tempête. Soixante mille communiers vont assiéger Audenarde où les nobles se sont réfugiés. Deux ans de luttes, de batailles. Après des revers, les Gantois mettent à leur tête Philippe Artevelde, fils du grand Artevelde, homme de «tres bel langage» aussi, comme dit le chroniqueur,—ainsi que doivent être d'ailleurs par tout pays toutes les idoles des foules.

GAND.—LA GROSSE BOMBARDE «MARGUERITE L'ENRAGÉE».

La guerre embrase toute la Flandre. C'est l'invasion d'une grosse armée française commandée par Charles VI et ses oncles, marchant sur Bruges pour la reprendre aux Gantois. Artevelde attend l'armée féodale à Rosebecke où tout va se décider dans un effort suprême, mais la chevalerie vengeant la journée des Éperons d'or, écrase l'armée des Communes. Ainsi qu'à la même époque dans les guerres des républiques italiennes autour du Carroccio de Florence, «les vaillantes gens de Gand», comme dit Froissart, se sont liés les uns aux autres pour ne pas reculer. Carnage horrible, en une heure et demie de bataille, les bataillons des Communes rompus, il y a vingt mille cadavres de Flamands entassés et, parmi eux, Artevelde.

Il a vu tout cela, le vieux Communier du beffroi, il en verra bien d'autres.

Sous les princes de la maison de Bourgogne, la prospérité revint avec le calme. Ce sont alors fêtes et tournois, entrées de princes, concours d'arbalétriers, chapitres de la Toison d'or; partout, grand déploiement de faste et de richesses. Au milieu du siècle, cela se gâte de nouveau. Après une série de troubles, les Gantois se mettent en pleine révolte contre le duc Philippe le Bon, ils lèvent trente mille combattants, s'emparent de quelques places fortes et vont encore mettre le siège devant Audenarde.

De ce siège qui finit mal pour les Gantois, il reste un souvenir sur une petite place à côté du Marché du Vendredi, c'est le gros canon «Dulle Griete» ou Marguerite l'Enragée, du nom détesté d'une comtesse Marguerite de Flandre, du treizième siècle.

C'est, posée sur trois supports, une belle et forte bombarde qui déjà avait servi contre Audenarde, en 1382, avec Philippe Artevelde. Cette fois, les Gantois, qui espéraient, avec leur nombreuse artillerie, emporter vivement la place, ne purent même pas ramener Marguerite l'Enragée et s'en servir pour défendre leur ville, quand leur tour vint d'être assiégés et il leur fallut attendre plus d'un siècle, jusqu'en 1578, pour parvenir à reprendre la vieille bombarde.