On vient de commencer la restauration de l'édifice composite, à la fois Halles et Palais du Grand Conseil. Il en avait besoin; en certaines parties, c'était presque une ruine, utilisée tant bien que mal en maisons. Cela faisait tout récemment encore un amalgame extrêmement pittoresque. La façade était en trois morceaux distincts: un grand pavillon au centre, grande porte ogivale surmontée d'une galerie crénelée et d'un pignon flanqué de tourelles;—un pignon du seizième siècle à droite,—et sur le flanc gauche, un édifice tronqué, découronné, d'une très belle architecture du seizième siècle, fortement écorchée, montrant çà et là des sculptures brisées ou grattées, avec les restes d'une jolie tourelle d'angle au-dessus d'un estaminet, et des boutiques banales au rez-de-chaussée, sous des galeries bouchées qui devaient avoir été fort belles. D'ailleurs, sur toute la façade, de grandes ogives murées, des rafistolages de plâtre, des blessures béantes, des estafilades et des cicatrices, montraient combien outrageusement le pauvre palais de Charles-Quint avait été maltraité.
C'était là que siégeait le Grand Conseil, la Consulte, au temps où la Cour de la Gouvernante et les administrations établies par elle à Malines apportaient à la ville animation et prospérité. Malines ne produisait pas que des dentelles pour les fraises des nobles dames, elle fondait des canons et des bombardes pour les armées espagnoles.
MALINES.—MAISON DU QUAI AU SEL.
Mais les beaux jours avaient parfois de tristes lendemains: ce n'était pas assez de l'épouvantable catastrophe amenée par l'explosion de son grand magasin à poudre, qui détruisit plusieurs églises et trois cents maisons, en tuant ou blessant huit cents personnes, Malines eut encore à souffrir des dévastations et des mises à sac en 1566, 1578 et 1580. Alors disparurent bien des riches logis et les édifices survivants reçurent de nombreuses blessures.