Il faut voir, aux loges des théâtres à la mode, les rangées de jolies femmes décolletées, dans les corsages ouverts en pointe jusqu'à la taille sur une large chemisette brodée, les parements du corsage revenant sur les épaules et les manches,—les boas enroulés, les accroche-cœurs et les boucles, les cheveux tordus et dressés de cent façons différentes et compliquées, avec des fleurs, des peignes, des pointes de satin...

Amazone 1830.

Les belles romantiques, dit-on, arborent à l'envi des toilettes plus moyen âge les unes que les autres. Elles avaient pour nourriture d'esprit après les troubadours du vicomte d'Arlincourt, après Ossian, Byron et Walter Scott, les tirades passionnées et farouches des grands drames d'alors, Hernani, la Tour de Nesle, Lucrèce Borgia, les vers, les romans, les chroniques de tous les romantiques, de tous les jeune France. Et, sous l'œil fulgurant des barons et des bandits gothiques, elles s'efforçaient d'être le plus moyen âge possible dans leurs ajustements.

Coiffure à la Chinoise. 1830.

Mais, au théâtre même, le moyen âge était très 1830, les héroïnes de ces drames flamboyants, Isabeau, Marguerite de Bourgogne ou Belle Ferronnière, malgré les recherches de couleur locale, montrent, tout comme les spectatrices, les inévitables manches à gigot, et au fond en voulant se montrer moyen-âgeuses, les belles de 1830 restent surtout 1830.