Dans un synode d’évêques réunis dans la villa de Chilpéric à Braines, Grégoire de Tours ayant été complètement déchargé, l’affaire se retourna contre son dénonciateur Leudaste, qui devenait l’auteur du scandale et l’ennemi de Frédégonde.

L’occasion de la vengeance attendue quelque temps arriva enfin pour celle-ci, par l’imprudence de Leudaste qui vint lui-même se mettre dans la main de son ennemie. Un dimanche que Chilpéric et la reine assistaient à la messe dans l’église cathédrale Saint-Etienne, plus tard remplacée par Notre-Dame, Leudaste, qui venait de retrouver les bonnes grâces de Chilpéric pour avoir combattu à Melun dans son armée, croyant la fureur de Frédégonde calmée et espérant faire sa paix, osa entrer dans l’église, et fendant la foule, aller jusqu’au siège royal se jeter aux pieds de Frédégonde en la suppliant de lui accorder son pardon. Une scène étrange s’ensuivit. Frédégonde, un instant surprise, fut saisie d’une fureur sauvage, elle accabla son ennemi de sa colère et l’eût bien fait tuer sur l’heure, mais Chilpéric, à qui elle réclamait sa vengeance, se contenta de faire chasser Leudaste de l’église par ses gardes.

Leudaste dans sa présomption ne se hâta point, après cet avertissement, de chercher son salut dans une fuite rapide hors de la portée de Frédégonde; au contraire, supposant qu’il aurait dû se faire précéder par de riches présents pour adoucir la reine, il resta dans la cité afin de réparer cet oubli. La rue conduisant de l’église cathédrale au palais, devenue plus tard la rue de la Calandre et la rue Neuve-Notre-Dame, trouvait au débouché du petit pont, c’est-à-dire à l’extrémité de la place du Parvis actuelle, une large place, centre du commerce de la cité, bordée de maisons de négociants, sous les arcades ou les auvents desquelles ceux-ci étalaient leurs marchandises. L’ex-comte de Tours, au lieu de fuir, s’arrêta sur cette place pendant que s’achevait la messe, allant de boutique en boutique, marchandant, faisant mettre de côté les plus riches objets. Tout à coup, la grande messe terminée, un mouvement se produisit sur la place, le cortège royal défilait au milieu du peuple. Chilpéric et Frédégonde rentraient au palais. Frédégonde aperçut Leudaste continuant ses achats sous l’auvent des boutiques et, aussitôt arrivée au palais, envoya rapidement quelques hommes à elle avec l’ordre de lui amener son ennemi vivant et garrotté.

Leudaste fut arraché à sa sécurité par leur attaque; comme il était brave, il fit face au danger et fondit l’épée à la main à travers la bande; blessé, couvert de sang, il put se frayer passage et gagna le Petit Pont sur lequel il s’engagea en courant. Par malheur pour lui, le Petit Pont se trouvait alors en mauvais état, les planches du tablier étaient pourries par endroits et percées de trous. Leudaste en fuyant mit le pied dans un de ces trous et tomba en se brisant la jambe.

Il était pris; on le porta tout sanglant dans la prison de la ville. Au lieu de le faire mourir tout de suite, Frédégonde, qui ne se fût pas crue assez vengée, le fit soigner et même transporter en meilleur air dans une de ses Villas, mais au bout de quelque temps, comme l’état du blessé s’aggravait, la reine eut peur de perdre sa vengeance, elle fit jeter Leudaste en bas de son lit, le fit coucher sur le sol, la nuque appuyée sur une barre de fer, tandis qu’un bourreau frappait le malheureux sur la gorge à grands coups d’une autre barre de fer pour lui briser les vertèbres.

Dans l’histoire de la cité parisienne apparaît le nom de saint Eloi avec le règne du petit-fils de Frédégonde, Dagobert Ier. Celui-ci, mérovingien adouci, n’était plus seulement un chef barbare, mais un vrai roi, législateur ferme, réprimant sévèrement les brutalités des leudes et, à l’occasion, expiant les siennes par des fondations pieuses, comme celle de l’abbaye de Saint-Denis. Habile orfèvre et honnête homme, Eligius ou Eloi, dès le début du règne de Dagobert, devint son argentier ou maître des monnaies. Il resta personnage important, principal conseiller de Dagobert pendant tout le règne et fut ensuite évêque de Noyon. Ce n’était pas le premier marchand qui parvenait à l’épiscopat, puisque précédemment le successeur de l’évêque de Paris, Raguewode, l’ami de Frédégonde, avait été un marchand syrien nommé Eusèbe.

Saint Eloi employait ses richesses en bonnes œuvres: à Paris il fonda vers 632, au cœur de la cité, l’abbaye de Saint-Martial, vaste monastère qui tenait tout l’espace compris au nord et au sud entre les rues de la Calandre et de la Vieille-Draperie, à l’est et à l’ouest entre les rues aux Fèvres et de la Barillerie, juste devant le palais, à l’endroit occupé aujourd’hui par la caserne des pompiers. Trois cents nonnes sous la direction de l’abbesse Aurée (sainte Aure) occupaient l’abbaye; dans l’épidémie qui désola Paris en 666, enlevant une partie considérable de la population, cent soixante religieuses de Saint-Martial périrent et avec elles leur abbesse.

Le pourtour de cet enclos monastique s’appelait la ceinture Saint-Eloi. Son église Saint-Martial avait failli, peu après sa construction, être détruite par un incendie lequel, raconte la légende, s’arrêta sur une objurgation d’Eloi au saint patron de l’église. Tout pleurant de voir son œuvre ravagée par les flammes qu’activait un vent violent, Eloi en «grande ire» admonesta vertement saint Martial qui souffrait ainsi par sa paresse que son église fût arse et dévorée, et lui jura que s’il la laissait périr, elle ne serait jamais rebâtie. La menace fit son effet, car l’incendie aussitôt s’arrêta.

Hélas! saint Eloi n’était plus là en 1034 quand un autre incendie dévora les bâtiments de l’abbaye.

Parmi les incendies dont la cité eut à souffrir il y en eut un, en 586, au temps de Chilpéric, qui faillit la détruire complètement et fut certainement cause de la disparition de bien des édifices de la Lutèce gallo-romaine. Il commença un soir dans la maison d’un marchand sise à l’entrée méridionale de la Cité, c’est-à-dire près du Petit Pont. Une chandelle, oubliée dans un cellier à côté d’une barrique d’huile, mit le feu à cette barrique; le cellier fut bientôt en flammes et l’incendie se communiqua de proche en proche, aux maisons de bois et aux boutiques, à travers toute l’île, d’un bras de la Seine à l’autre, en suivant la grande voie entre les deux ponts, parmi le quartier des négociants.