NOTRE-DAME.—LA GALERIE ENTRE LES DEUX TOURS
CHAPITRE X
LES GRANDS JOURS DE NOTRE-DAME

L’amende honorable du comte de Toulouse.—Saint-Louis au départ pour la Croisade.—Les Etats généraux de 1304.—Les Templiers.—La statue de Philippe le Bel ou de Philippe IV.—Isabeau et les Anglais.—Couronnement de Henri VI d’Angleterre.—Reprise de Paris.—Les vainqueurs à Notre-Dame.—Le XVIe siècle.—Reposoirs et bûchers.—Le mariage du roi de Navarre.—La Ligue.—Les Suisses au Marché-Neuf.—La grande procession de la Ligue.—Le siège.—Notre-Dame caserne des troupes des Seize.—Prise de Paris.—Henri IV à Notre-Dame.

L’AMENDE HONORABLE DE RAYMOND, COMTE DE TOULOUSE

Notre-Dame, l’église cathédrale qui depuis sept siècles plane majestueuse sur la vieille île des Parisiens, sur la noble et illustre Cité, occupant l’emplacement où l’église mérovingienne de saint Etienne et l’église romane dédiée à la Vierge succédèrent à un temple gallo-romain, fut commencée en 1163 par Maurice de Sully et terminée vers 1235, sauf modifications qui devaient venir ultérieurement. Alors la façade était comme nous la voyons, les tours étaient achevées et n’attendaient plus que les flèches projetées primitivement, dit-on, mais qu’elles n’eurent jamais. Le chœur et les transepts seuls furent modifiés pour la construction des chapelles absidales de 1257 à 1320.

A partir de ce moment, la cathédrale est complète; dans le chœur terminé, les pompes religieuses peuvent se déployer parmi les richesses d’une ornementation merveilleuse, autels splendides, jubé superbe, clôture de chœur en dentelle de pierre ornée de groupes sculptés par les ymaigiers Jehan Ravy et Jehan le Bouteiller. Il n’y aura plus guère alors, pour toucher à l’œuvre parfaite, que les déprédateurs, les démolisseurs révolutionnaires ou les Vandales embellisseurs des siècles classiques, plus redoutables encore, qui s’en donneront malheureusement à cœur joie.

«Si les piliers de Notre-Dame avaient une voix, a écrit Viollet-le-Duc, ils raconteraient toute notre histoire depuis le règne de Philippe-Auguste. De combien d’événements n’ont-ils pas été les témoins! Mariages, baptêmes, obsèques, serments et vœux éternels, bientôt démentis par d’autres vœux et d’autres serments; fêtes populaires et fêtes royales; chants d’allégresse ou de deuil; apologies et anathèmes, oraisons funèbres pour les rois ou pour les morts à l’attaque de la Bastille.»

Un des premiers grands événements dont les murs de Notre-Dame furent les témoins, au temps de la construction même, se rattache aux terribles guerres contre les Albigeois. Ce fut l’humiliation de Raymond, comte de Toulouse, après les effroyables croisades contre les Albigeois qui, durant vingt années, avaient fait couler des torrents de sang, ravagé le midi, ruiné Béziers, Carcassonne, Toulouse et nombre d’autres villes.

Les deux alliés dans les guerres politiques et religieuses, l’Église et le roi, triomphaient: l’Église étouffait l’hérésie, et le roi établissait la suzeraineté de la couronne sur les provinces du Midi. Raymond VII, comte de Toulouse, définitivement abattu et perdant toute espérance, traita avec la reine Blanche de Castille et abandonna au roi de France toutes ses possessions du Languedoc, à l’exception de Toulouse et de quelques terres qu’il constitua en dot à sa fille Jeanne, âgée de neuf ans, fiancée à Alphonse, comte de Poitiers, frère du roi, s’engageant à raser les murs de Toulouse et de trente autres villes et châteaux, à indemniser les églises de ses pays et à poursuivre et punir désormais impitoyablement ses sujets qui persévéreraient dans l’hérésie.