Le 12 avril 1229, après avoir juré toutes les clauses du traité devant les portes de Notre-Dame, le dernier des comtes de Toulouse, jadis si puissants, fut dépouillé de ses vêtements et, nu-pieds, en chemise et chausses, entra humblement dans l’église pour faire amende honorable de l’hérésie contre laquelle il avait toujours protesté pourtant,—et se faire décharger de l’excommunication prononcée à tant de reprises contre lui par l’Église.

Rome avait vaincu: le cardinal de Saint-Ange, légat du pape, entouré de la foule des évêques, prêtres et clercs, attendait le malheureux comte de Toulouse au pied du maître-autel, savourant l’orgueil du triomphe et la joie de mettre le pied sur la tête de l’Albigisme terrassé, après tant de sang répandu, et aussi tant de bûchers allumés, dont la torche, brandie par le farouche saint Dominique, restait aux mains de l’Inquisition établie par le pape Grégoire IX.

Après son amende honorable, le vaincu se remit aux mains des gens du roi et fut conduit prisonnier à la Grosse Tour du Louvre, où il resta enfermé jusqu’à ce que sa fille eût été remise aux commissaires royaux, que les murailles de Toulouse eussent été rasées et quelques-uns de ses châteaux livrés comme gages de sa foi. Il put alors retourner en sa ville, en s’engageant à s’en aller servir cinq années en Terre Sainte, seul article du traité qu’il n’exécuta pas.

En 1245 il advint au roi Louis IX une grave maladie, «dont il fut à tel meschief, dit Joinville, que l’une des dames qui le gardaient lui voulait traire le drap sur le visage et disait qu’il était mort». Tout à coup le moribond releva la tête et recouvra la parole pour dire qu’il venait de faire vœu d’aller combattre en Terre Sainte. En dépit de tous les efforts de sa mère et de ses conseillers, malgré les dangers que pouvait courir son royaume pendant le temps de cette expédition, il persista dans sa résolution. Les préparatifs de la croisade furent très longs et demandèrent plusieurs années, Louis IX ayant voulu d’abord prendre toutes les mesures propres à assurer la tranquillité dans ses États. Un parlement réuni à Paris interdit toutes guerres particulières pour cinq ans, décida que les dettes des croisés seraient suspendues pendant trois ans et que le clergé paierait la dîme de ses revenus pour les frais de la Croisade. Pour plus de précaution, Louis IX entraînait en son ost le duc de Bourgogne, le comte de la Marche et d’autres grands vassaux.

Le 12 juin 1248, le roi, accompagné de ses frères Robert, comte d’Artois, et Charles, comte d’Anjou, alla prendre en solennité l’oriflamme à l’abbaye de Saint-Denis, et reçut des mains du cardinal de Châteauroux le bourdon et la pannetière des pèlerins; quelques jours plus tard, Notre-Dame de Paris le vit arriver pieds nus, le bourdon à la main, vêtu en pèlerin, avec de nombreux et illustres croisés vêtus comme lui, au milieu d’un immense cortège de soldats et de peuple. Le roi et les croisés, après avoir entendu pieusement la messe, se mirent en route aussitôt, conduits par des processions jusqu’à l’abbaye de Saint-Antoine des Champs. Tout le peuple de Paris était là, suivant au milieu des chants religieux ce roi très aimé et très sage qui s’en allait,—et pour combien de saisons et d’années, avec ses frères, avec sa femme Marguerite qui avait tenu à l’accompagner,—se jeter dans les dangers d’une guerre aux pays d’outre-mer.

De Saint-Antoine des Champs, le roi gagna Corbeil, première étape du long voyage. Cinquante mille hommes partirent d’Aigues-Mortes avec lui, que des désastres terribles attendaient sur la redoutable terre sarrasine, où les trois quarts des croisés devaient rester, tués par le cimeterre ou par le climat de l’Égypte et la peste.

Ce fut seulement six ans après, que le roi et la reine, ayant échappé à mille périls, débarquèrent en France avec ce qui restait des croisés valides épargnés par la guerre et tirés des prisons du sultan d’Égypte. Et il était temps que le roi revînt, la reine Blanche, sa mère, à qui la régence avait été confiée, était morte un an auparavant, et le pays se trouvait en de graves embarras.

Louis, non découragé par tant de désastres, devait pourtant retourner en Orient une quinzaine d’années après pour une nouvelle croisade, malgré l’état précaire de sa santé. La maladie l’attendait sous les murs de Tunis dès les premières opérations, et Notre-Dame de Paris allait voir revenir son corps rapporté d’Afrique, pour les obsèques solennelles avant l’enterrement à l’abbaye de Saint-Denis.

En 1302, autres événements et autres cérémonies dans la cathédrale de Paris. C’est le temps de la lutte acharnée du roi Philippe le Bel contre le pape Boniface VIII, lutte de deux puissances rivales qui se disputent la suprématie: le pape se mettant au-dessus des rois et des princes et déniant à ceux-ci le droit d’intervenir en quoi que ce fût dans l’administration des biens de l’Église en leurs domaines; le roi de son côté prétendant maintenir les églises et les clercs du royaume dans sa juridiction pour le temporel, et surtout, ce qui importait fort à Philippe toujours pressé d’argent, être en droit de tirer des subsides du clergé et d’user des régales, c’est-à-dire de percevoir les revenus des églises, des abbayes et des bénéfices vacants, entre le moment de la mort du titulaire et la nomination du successeur.

Le roi se sentait soutenu par toute la nation, par la noblesse, par le populaire et même par le clergé français, qui ne voulaient pas de l’intervention du pape dans les affaires du royaume. Philippe le Bel, pour en finir avec les prétentions de Boniface et bien montrer que la volonté de la nation concordait avec la sienne, prit le parti de convoquer à Paris un conseil général des délégués des barons du royaume, des prélats, des évêques, abbés et doyens des églises, des maires et échevins des communes, c’est-à-dire les Etats Généraux de la nation assemblés pour la première fois.