PLACE DU PARVIS NOTRE-DAME, 1860, D’APRÈS MARTIAL POTÉMONT

Mayenne, de retour d’Ivry, s’était échappé pour courir en Flandre solliciter des secours des Espagnols, laissant la direction des affaires à son frère le duc de Nemours, grandement secondé par la remuante Mlle de Montpensier.

Paris investi, entendant journellement le canon et les mousquetades aux faubourgs et commençant à ressentir les effets de la disette, recourait de plus belle aux prédications et aux processions. Le 3 juin fut une des plus curieuses journées de ces temps si extraordinaires; c’est le jour de la fameuse procession des couvents en armes, dite Procession de la Ligue. C’était une revue plutôt qu’une procession, une montre des religieux et des écoliers, convenue la veille aux Augustins entre le gouverneur, les abbés et les docteurs de la Sorbonne.

Étrange spectacle pour la foule accourue de tous les points de la ville, massée sur les places, sur le parvis Notre-Dame, le long des étroites rues de la Cité et des ponts, penchée à toutes les fenêtres. Des hymnes religieuses entonnées pour chant de marche, quelques salves tirées par des moines plus enthousiastes qu’expérimentés, ce qui n’allait point sans un certain danger, comme faillit s’en apercevoir monsieur le légat lui-même, un grand bruissement de ferraille, annoncèrent l’arrivée dans la Cité de l’armée monacale, conduite par l’évêque de Senlis Rose, commandant général, avec un certain nombre d’ecclésiastiques pour capitaines.

L’évêque Rose s’avançait fièrement en tête, un crucifix d’une main, une pertuisane de l’autre; le prieur des Chartreux, armé de même, conduisait ses religieux marchant quatre par quatre; venait le prieur des Feuillants ensuite avec ses moines, un ordre nouvellement fondé et très populaire à Paris, les quatre ordres mendiants, puis les Capucins et les Minimes. Tous ces moines, robes retroussées, portaient le casque en tête, parfois le corselet d’acier, et brandissaient la longue pique ou la hallebarde, d’autres marchaient l’arquebuse sur l’épaule, la fourchette et la mèche à la main, avec la bandoulière en sautoir, le crucifix à la ceinture et de longues colichemardes au flanc. Entre chaque bataillon de moines marchait une compagnie d’écoliers, armés de la même façon, conduits par les professeurs.

TENTATIVE DES TROUPES ROYALES SUR LE REMPART PRÈS LA PORTE SAINT-JACQUES

Sur les flancs de la colonne qui comptait environ treize cents hommes, on voyait courir comme des sergents de bataille, très affairés à faire serrer les rangs et ordonner les manœuvres les fameux curés ligueurs, Le Pelletier, curé de Saint-Jacques la Boucherie, Hamilton, curé de Saint-Cosme, enragés guisards casqués, cuirassés et armés comme les autres, dom Bernard de Montgaillard, dit le petit Feuillant, fameux prédicateur, et quelques meneurs de quartier parmi lesquels un avocat tout armé à blanc de cuirasse, brassards et cuissards, une bourguignote surmontée d’un grand panache sur la tête.

Curés et prieurs toujours en mouvement, tantôt arrêtaient leurs moines pour chanter des hymnes, tantôt faisaient presser le pas, ou ordonnaient des évolutions et commandaient des salves, ce qui n’allait pas toujours bien. Ce Paris si moqueur d’ordinaire ne riait pas et se montrait au contraire très sérieusement édifié; les politiques venus en curieux se gardaient bien de sourire et de laisser paraître des sentiments dont il eût pu leur cuire grandement.