La ville se trouvait sans magistrature, une commission de cinq notables bourgeois: Nicolas Potier, Jean Lapite, Jean de Marle, Jean le Lièvre et Henri le Becque fut installée à l’Hôtel de Ville, en attendant les élections régulières qui confirmèrent le choix et nommèrent prévôt des marchands Nicolas Potier et les quatre autres échevins.
On s’était mis immédiatement à la reconstruction du pont, en pierres cette fois, sous la direction d’une commission composée, à la suite d’une sorte de concours, de Jean de Doyac, maître des œuvres et expert juré de la ville de Paris, Colin de la Chesnaye, maître des œuvres de la ville de Rouen, Gautier Hubert, maître des œuvres de la charpenterie, les maîtres Droier de Felin, Colin Biart, André de Saint-Martin, Jean d’Escullant, chanoine de Cusset, chargé spécialement du choix de la pierre, et enfin le cordelier Jean Joconde, fra Giocondo, maître d’œuvre de Vérone, appelé d’Italie par le roi Charles VIII vers 1497.
LE PONT AU CHANGE. 1800
Les plans furent longuement étudiés et quoique l’on fasse honneur de la construction surtout à Jean Joconde, lequel par suite du triomphe de l’art italien, on voulut, pendant longtemps, voir partout, même dans les œuvres les plus françaises de la Renaissance française, le pont Notre-Dame est une œuvre collective due à la collaboration de plusieurs. La part de Jean Joconde dans cette collaboration est difficile à déterminer, il n’eut point, dans tous les cas, la direction du travail, ce qui pourtant n’eût pas manqué si ses plans personnels avaient été choisis. La superintendance de l’ouvrage fut attribuée à Jean de Doyac et Colin de la Chesnaye, lesquels, pour marque de leur autorité, devaient, sur les chantiers, porter un bâton blanc à la main. Un bac assura la circulation pendant le cours des travaux jusqu’à ce que leur avancement permît de poser une passerelle provisoire sur un côté des piles.
La première pierre du nouveau pont fut solennellement posée le 28 mars 1500 par «maître Jehan Bouchard, conseiller du roy en sa court de Parlement», par le prévôt des marchands et les échevins. La construction ne s’acheva qu’en juillet 1507 et celle des maisons en 1512. Une inscription gravée sur une pile consacra le souvenir de l’inauguration du pont en 1507; elle se terminait ainsi: «Pour la joye du parachevement de si grand et magnifique œuvre, fut crié Noel et grand’joye demenée avecque trompettes et clairons, qui sonnèrent par long espace de temps.»
LE PONT SAINT-MICHEL. XVIIe SIÈCLE
On prétend qu’il se trouvait une autre inscription sur une des arches. C’était un distique du poète Sannazar, consacrant l’erreur qui faisait attribuer le pont Notre-Dame au seul Jean Joconde:
Jocundus geminos posuit tibi, Sequana, pontes
Nunc tu jure potes dicere pontificem.