Le vieux château Gaillard a disparu; à sa place on voit un abreuvoir passant par une arcade sous le quai, abreuvoir qui restera jusqu’à la création de l’écluse actuelle de la Monnaie.

Vers 1775, le Pont-Neuf reçut quelques modifications. On abaissa un peu les pentes de la chaussée et sur les demi-lunes des piles on éleva, d’après les dessins de Soufflot, vingt loges ou boutiques dont les prix de location devaient revenir aux veuves et orphelins des artistes morts pauvres de l’académie de Saint-Luc. Ces boutiques qui accidentaient agréablement la silhouette du pont ont vécu jusqu’au milieu de notre siècle, elles ont été démolies vers 1850.

Les moulins sur la Seine se sont perpétués longtemps, il y en avait encore pendant la Révolution et au commencement de notre siècle, sur des bateaux ancrés entre le Pont-Neuf et le Pont au Change. L’incendie de l’un de ces moulins placé sous une arche du Pont-Neuf causa même une grosse alerte en 1770.

L’ABREUVOIR DU PONT-NEUF. XVIIIe SIÈCLE

Avant d’arriver aux jours troublés, il faut noter encore une des particularités du Pont-Neuf. Chaque année, le jour de la Fête-Dieu, la place Dauphine servait de salle d’exposition en plein air aux jeunes artistes, à ceux qui, ne faisant pas encore partie de l’académie des beaux-arts, ne pouvaient exposer au Louvre ou envoyer aux expositions de l’académie de Saint-Luc. Selon M. Ed. Fournier, cet usage avait commencé très simplement, les orfèvres chaque année à la Fête-Dieu élevaient un superbe reposoir pour la procession au fond de la place Dauphine; afin de mieux orner ce reposoir, ils commandaient quelquefois à des artistes des tableaux destinés à décorer l’autel et les côtés.

LE PONT-NEUF AU XVIIIe SIÈCLE
Imp. Draeger & Lesieur, Paris

On prit ainsi l’habitude de voir de la peinture sur la place Dauphine, puis de jeunes artistes, saisissant avec empressement ce moyen d’arriver jusqu’au public, proposèrent leurs œuvres pour tapisser les façades à la place de simples toiles. Le jour de la Fête-Dieu, du matin à l’après-midi, les curieux venaient donc à la fois pour le reposoir et pour les tableaux que les artistes accrochaient eux-mêmes. On admirait, on critiquait, on achetait même; c’était un petit Salon sans façon. Primitivement, les artistes s’en tenaient exclusivement à des sujets de piété, mais peu à peu ils glissèrent vers le profane, et çà et là quelques dieux de l’Olympe vinrent concourir à donner de l’éclat à la fête du Christ. On y voyait même à la fin, dit M. Ed. Fournier, des portraits, de dames surtout, et au-dessus des portraits, les originaux quelquefois venaient s’exposer aux fenêtres des maisons, sous prétexte de voir la procession.