RESTES DU PONT SAINT-CHARLES. 1865 (D’APRÈS MARTIAL POTÉMONT)
La salle du légat qui rachetait une bien faible partie des maux que Duprat avait causés, et la chapelle Sainte-Agnès subsistèrent jusqu’au grand incendie de 1778. Alors, sur ce débouché déjà si étroit du Petit Pont, la salle du légat avait encore sous ses fenêtres une bordure d’échoppes rétrécissant la chaussée.
Les terribles années de la fin du XVIe siècle, la guerre, le siège de Paris, la famine et les épidémies qui en résultèrent durent remplir d’innombrables malades les salles de l’Hôtel-Dieu, simple lieu de passage où ces malheureux n’entraient que pour trépasser et, aussitôt ensevelis, être remplacés par d’autres.
Dès les premières années du XVIIe siècle, on s’occupa de nouveaux et indispensables agrandissements. On ne pouvait s’agrandir du côté de la cité, où l’Hôtel-Dieu était serré de très près, on eut l’idée de franchir la Seine, de construire sur la rive de l’Université et sur la rivière elle-même. Pendant que l’on restaurait la partie ancienne de l’Hôtel-Dieu, une bordure de grandes salles faisant face aux anciennes salles de Saint-Louis s’éleva au temps de Henri IV, rive gauche de la Seine, sur une partie de berge conquise. Les nouveaux bâtiments, la salle Saint-Charles, la salle Saint-Antoine s’adossaient aux sombres murailles du Petit Châtelet et venaient faire face aux premiers bâtiments de l’Archevêché encaissant complètement la rivière.
LA SALLE DU LÉGAT ET LA CHAPELLE SAINTE-AGNÈS, PRÈS DU PETIT PONT
Pour faire communiquer les deux parties de l’Hôtel-Dieu, on jeta sur la Seine deux ponts, le pont Saint-Charles et le pont au Double. Ce dernier n’était pas un simple pont; il était chargé lui-même d’une grande salle, la salle Saint-Côme, qui ne laissait à la circulation sur le pont qu’une sorte de balcon, passage pour lequel on payait un double denier, d’où le nom de pont au Double.
Ainsi considérablement agrandi, l’Hôtel-Dieu n’en resta pas moins bien insuffisant encore, puisqu’on était forcé de garder quand même, malgré tout ce qu’elle avait de barbare et d’horrible, la coutume de mettre plusieurs malades dans chaque lit, deux, trois, et même, dans les moments difficiles, ce qui semblerait incroyable si des documents officiels ne le disaient, jusqu’à six malades serrés sous les mêmes draps, en s’arrangeant comme on pouvait, sans doute en réunissant les malheureux atteints des mêmes maladies. On conçoit combien cette horrible obligation devait favoriser les contagions et dans quelle proportion considérable elle devait influer sur la mortalité.
LES RELIGIEUSES DE L’HÔTEL-DIEU LAVANT A LA RIVIÈRE