Sainte-Croix de la Cité était située rue de la Vieille-Draperie presque à l’angle de la rue de la Lanterne. D’après M. Cousin, elle dut avoir été d’abord au XIIe siècle la chapelle d’un hôpital de fous furieux sous le patronage de saint Hildevert, hospice transféré plus tard à Saint-Laurent; la chapelle fut alors érigée en paroisse, sous le titre de Sainte-Croix. L’église fut supprimée à la Révolution et démolie en 1797; le portail fut conservé comme façade à la maison no 4 de la rue de la Vieille-Draperie démolie en 1846 pour la rue de Constantine.
Saint-Pierre des Arcis, rue de la Vieille-Draperie, était une petite église un peu plus bas dans la rue de la Vieille-Draperie, primitivement simple chapelle dépendant du monastère de Saint-Eloi son voisin. A la fin du siècle dernier, Saint-Pierre des Arcis avait pour entrée un petit portique dorique surmonté d’un petit clocheton. La Révolution fit de Saint-Pierre le dépôt des cloches enlevées des églises et destinées à la fonte pour la monnaie ou pour les canons; puis en 1812, l’édifice fut démoli.
L’église Saint-Barthélemy, dont le chevet venait presque toucher à Saint-Pierre, était plus importante. Comme toutes ces églises de la cité son origine se perdait dans l’obscurité des temps où la vieille Lutèce devenait le Paris des Mérovingiens, peut-être même avait-elle été temple païen; elle fut en tout cas l’église paroissiale du premier Palais, celui des Mérovingiens et des Carolingiens, des ducs de France et des rois, avant la fondation de la Sainte-Chapelle. C’est là, dit-on, que le roi Robert le Pieux, fils de Hugues Capet, allait chanter au lutrin et que plus tard, ayant été excommunié pour avoir épousé Berthe, sa cousine, il entendait la messe agenouillé en dehors sous le porche.
L’église Saint-Barthélemy des temps lointains ayant donné asile à un grand nombre de reliques apportées par Salvator, évêque de la cité d’Aleth en Bretagne devant les rochers de Saint-Malo, au moment d’une invasion de Richard, duc de Normandie, en 965, conserva de ce dépôt le corps de saint Magloire, évêque de Dol, en l’honneur de qui le duc de France Hugues Capet transforma l’église en abbaye sous le titre de Saint-Magloire. Les chanoines de Saint-Magloire ayant transporté leur couvent rue Saint-Denis, Saint-Barthélemy retrouva son ancien nom.
Bien des fois refaite dans le cours des âges, l’église Saint-Barthélemy, belle nef gothique flanquée d’une petite tourelle, d’après les plans des XVIe et XVIIe siècles, dut être encore refaite de fond en comble au siècle dernier dans le style Louis XVI, avec les ordres classiques. En face du nouveau Palais de Justice s’éleva un portail à fronton et entablement de colonnes doriques, niches classiques à statues et grand écusson de France au fronton.
La nef était commencée derrière le portail lorsque la Révolution éclata et supprima la paroisse Saint-Barthélemy. On jeta bas les constructions et à la place on construisit immédiatement un théâtre, lequel après une existence assez agitée sous la Révolution, théâtre Henri IV, théâtre du Palais, théâtre de la Cité, ayant donné des pièces révolutionnaires, puis des pièces réactionnaires suivant les fluctuations des idées, se transforma sous l’empire en un établissement de plaisirs et de fêtes, le Prado, où se trouvait, à côté des salles de bal et de café, une salle réservée aux réunions de la franc-maçonnerie.
Plus tard le Prado se transforma encore, et les vieux étudiants d’il y a quarante ans se le rappellent sans doute, devenu la succursale d’hiver de la Closerie des Lilas et de la Grande Chaumière, théâtre des ébats chorégraphiques les plus risqués de tous les futurs magistrats, notaires, docteurs, et de toutes les Musette et Mimi Pinson du Quartier latin, sous la direction de Bullier et l’œil peu sévère des gardes municipaux.
Un autre monastère touchait presque à Saint-Barthélemy, c’était Saint-Eloi ou Saint-Martial dont nous avons parlé. Ce monastère occupé par des religieuses puis par des moines de l’abbaye de Saint-Maur les Fossés, fut supprimé au XVIe siècle et reconstitué plus tard pour les Barnabites. Alors une chapelle du chœur de l’église de Saint-Eloi, séparée du reste par la ruelle de la Savaterie, plus tard rue Saint-Eloi, circulant en zigzag de la rue de la Calandre à la rue de Vieille-Draperie, fut érigée en paroisse sous le titre de Saint-Martial.
L’église Saint-Eloi fut reconstruite par les Barnabites dans le style classique; supprimée à la Révolution, elle ne fut pas démolie, mais servit de dépôt pour les archives de la Cour des Comptes. Ce sont les grandes démolitions de la Cité, pour la construction des casernes et du tribunal de commerce à la place de l’antique rue de la Barillerie, qui l’ont fait disparaître en même temps que le Prado et les derniers vestiges de Saint-Barthélemy et de la ceinture Saint-Eloi. Le portail des Barnabites existe encore ayant été transporté alors à l’église des Blancs Manteaux. Quant à Saint-Martial, son état de vétusté l’avait fait abandonner et démolir dès le commencement du XVIIIe siècle et il ne restait à sa place lors des transformations définitives que l’impasse Saint-Martial, cul-de-sac de maisons noires où se cachaient des cabarets borgnes et de tristes taudis.