ÉGLISE DE LA MAGDELEINE, RUE DE LA LANTERNE
Sur le Marché-Neuf devant le Petit Pont et la salle du Légat de l’Hôtel-Dieu s’élevait une dernière église des plus anciennes aussi, Saint-Germain le Vieux, d’abord baptistère de la cathédrale, croit-on, rebâti en l’honneur de Saint-Germain, évêque de Paris. Le corps du saint évêque devait y être transporté, mais les moines de l’abbaye de Saint-Vincent refusèrent de s’en dessaisir. Saint-Germain de la Cité lui donna cependant l’hospitalité au temps des Normands et garda en souvenir de ce dépôt un bras du saint.
Alors l’abbaye de Saint-Vincent rebâtie étant devenue l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, pour distinguer Saint-Germain de la Cité de cette abbaye et de l’église Saint-Germain l’Auxerrois, on lui donna le nom de Saint-Germain le Vieux.
L’église Saint-Germain le Vieux, reconstruite et agrandie plusieurs fois, était flanquée d’un clocher du XVIe siècle au-dessus d’un petit porche et de chapelles Renaissance, donnant sur le bout du Marché-Neuf devant la Poissonnerie du Petit Pont. Supprimée par la Révolution, l’église fut vendue et démolie aussitôt, mais quelques débris en restèrent dans les cours des maisons de la rue du Marché-Neuf, bâties sur des soubassements de chapelles, sur des arcades ogivales bouchées; puis la grande démolition survint et toute trace disparut à jamais.
Il y avait encore, outre toutes ces petites églises, la chapelle Saint-Michel du Palais, qui existait sur la place devant la rue de la Calandre dès le temps des rois mérovingiens, et qui fut enfermée par Philippe le Bel dans l’enceinte du Palais. C’était dans cette chapelle que l’évêque Maurice de Sully avait baptisé Philippe-Auguste en 1165, elle n’avait cependant jamais été chapelle royale, les rois ayant eu d’abord pour chapelles particulières Saint-Barthélemy hors du Palais, ainsi que Saint-Nicolas et Saint-Georges dans l’intérieur du Palais, démolies pour la construction de la Sainte-Chapelle de saint Louis.
Entre le Palais et Notre-Dame, trois carrés d’édifices et de boulevards se sont partagés la vieille cité disparue.
Le groupe formé par les casernes de la garde républicaine et des pompiers recouvre tout l’ancien monastère de Saint-Eloi, Saint-Germain le Vieux, la rue de la Calandre et les coupures étranges qui sillonnaient la masse serrée des vieilles maisons, la rue de la Savaterie, la rue aux Fèves, etc.
Le tribunal de commerce et le marché aux fleurs recouvrent Saint-Barthélemy, Saint-Pierre des Arcis, Sainte-Croix, l’ancienne Juiverie, le quartier de la Pelleterie.
Quant à ce qu’il y avait sous le nouvel Hôtel-Dieu, c’était encore plus important. Cinq ou six églises d’abord, Saint-Denis de la Chartre et Saint-Luc, la Magdeleine, Saint-Landry, Saint-Pierre aux Bœufs, Sainte-Marine, puis l’hôtel des Ursins, tout le val de Glatigny assez mal famé au moyen âge, et ce réseau de ruelles extraordinaires entrevu encore en partie par notre génération, dans leur décadence dernière et dont les noms seuls évoquent des images d’un pittoresque trop souvent sordide ou sinistre, rue des Marmousets, rue de la Licorne, rue des Trois-Canettes, rue Cocatrix, rue des Deux-Hermites, rue Basse et rue Haute-des-Ursins, rue du Chevet-Saint-Landry, etc.
Notre époque a trouvé ces quartiers tombés en misère et en décrépitude, alors que beaucoup de ces ruelles donnaient asile à des repaires de truands; mais il faut faire la part de l’âge et de l’abandon, et ne pas oublier qu’ils avaient eu leur beau temps. Il faut voir ces décors sombres et lépreux dans les eaux-fortes de quelques artistes comme Martial Potémont qui ont fixé sur le cuivre l’image de ces verrues du vieux Paris.